Une sixième demande de révision

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Me Jean-Pierre Mignard.
Me Jean-Pierre Mignard. — B. BISSON / JDD / SIPA

Soixante-sept ans après les faits, la commission de révision a été saisie pour la sixième fois dans l'affaire Mis et Thiennot. Ces deux jeunes chasseurs ont été condamnés en 1947 à quinze ans de travaux forcés pour le meurtre, l'année précédente, d'un garde-chasse dans l'Indre. Après avoir avoué, les inculpés s'étaient rétractés devant le juge et avaient clamé leur innocence. Car les aveux ont été extorqués sous la torture. Les gardiens de la prison ont constaté des traces de sévices : dents cassées, oreilles décollées, poumon perforé… Les doutes sont tels qu'en juillet 1954, le président de la République, René Coty, leur accordera sa grâce.

« Faits nouveaux »


« Il y a des faits nouveaux dans ce dossier », assure Me Jean-Pierre Mignard, qui présentait mardi la demande de révision. L'avocat apporte un témoignage vidéo réalisé en 2012 de Bernard Chauvet, un coaccusé, qui décrit précisément les supplices subis. Autre pièce inédite : un rapport de dénonciation à la Gestapo signé en 1943 par le commissaire Daraud, policier en charge du dossier en 1946. Un profil de collaborateur qui a son importance « dans une atmosphère de guerre civile feutrée de la France d'après-guerre, vu que Thiennot était un militant communiste et que Mis était d'origine polonaise », assure Me Mignard. Les requérants vont demander l'annulation d'une partie du dossier, à savoir les témoignages recueillis sous la contrainte, au regard de la Convention contre la torture de 1984, signée par la France. Alexandre Sulzer