Le terrible mensonge de Virginie

©2006 20 minutes

— 

« J'ai décidé d'écrire ce livre pour innocenter mon père. Je n'ai trouvé que cette solution. » D'une voix réservée, mais posée, Virginie Madeira, 21 ans, revient sur son histoire. A 14 ans, pour attirer l'attention d'une camarade de classe, elle prétend être « abusée » par son père. Un mensonge qui conduira Antonio Madeira à passer six ans derrière les barreaux. Six années de réclusion que cet immigré portugais installé près de Reims ne méritait pas. Lui qui venait, au prix d'un travail acharné, de créer une petite entreprise de maçonnerie. Jamais il n'en a voulu à sa fille.

Virginie a pourtant mis trois ans à avouer la vérité. « Durant l'été 2002, j'ai ouvert les yeux et je suis allée parler à ma mère », se souvient-elle. « J'ai ensuite fait des démarches pour essayer de prouver que mon père ne m'avait rien fait, personne n'a voulu m'écouter. » Il aura fallu presque quatre ans pour qu'Antonio Madeira soit remis en liberté conditionnelle, en février dernier. Combien d'années supplémentaires pour l'innocenter ? « Je veux réparer mon erreur d'enfance », répète Virginie. Mais pourquoi n'a- t-elle pas parlé plus tôt ? Pourquoi n'a-t-elle rien dit aux policiers, assistantes sociales et avocats au cours de la procédure qui, en 2001, a abouti à la condamnation de son père à douze ans de réclusion criminelle ? Elle ne le sait pas encore très bien. « Je ne me rendais pas compte, j'essayais de dire ce que les policiers attendaient de moi, je voulais juste que ça se termine rapidement. »

Après le procès, le silence de la jeune fille durera encore un an. « J'étais dans un état hypnotique, une bulle, séparée de ma famille avec mon mensonge. » La justice aurait-elle pu déceler le mensonge ? Virginie ne veut pas l'incriminer. « Je baissais la tête, j'étais timide, je pleurais, un cas typique. » L'engrenage était en marche.

Marie-Colombe Afota

Actuellement, une requête en révision a été déposée sur la base d'un examen médical attestant que Virginie est vierge.