Non-lieu embarrassant dans l'affaire Nouchet

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L'affaire avait ému jusqu'au sommet de l'État. Le 16 janvier 2004, Sébastien Nouchet, homosexuel de 35 ans, avait accusé trois inconnus de l'avoir aspergé d'essence et de l'avoir enflammé alors qu'il était dans son jardin à Noeux-les-Mines, près de Béthune. L'affaire avait suscité une vague de réactions très forte, notamment chez les politiques, transformant Sébastien Nouchet en symbole de la lutte contre l'homophobie. Jacques Chirac avait publiquement condamné l'agression et Dominique Perben, alors garde des Sceaux, avait fait voter par les parlementaires une loi réprimant sévèrement les discriminations homophobes, surnommée « loi Nouchet ».

Hier, la justice du Pas-de- Calais a suscité l'embarras en rendant un non-lieu. « Nous n'avons pu élucider l'affaire, nous n'avons aucune certitude dans un sens ou dans l'autre, on ne sait pas avec des circonstances probantes ce qui s'est passé », a déclaré Louis Wallon, procureur de la République de Béthune. Le magistrat a souligné que l'agression n'avait pas été nécessairement inventée par Sébastien Nouchet, accréditant à mots couverts une possible tentative de suicide déguisée. « Ce n'est pas du tout un fait volontaire de Sébastien, il y a trop d'éléments qui confortent la thèse d'une agression extérieure », a fait savoir Jean-Jacques Delclos, avocat de Sébastien Nouchet. De son côté, l'association SOS Homophobie, qui avait lancé une pétition, a expliqué hier « s'attendre » à cette décision, vu « la minceur du dossier et les retards de l'enquête », mais elle tient à préciser qu'il « ne faut pas en conclure qu'il n'y a pas d'homophobie en France ».

Bastien Bonnefous (avec AFP)

En 2004, Jacques Chirac et Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre à l'époque, avaient écrit au compagnon de Sébastien Nouchet. Le chef de l'Etat avait exprimé sa « profonde indignation » devant ce « crime odieux ».