Vincent Bullich : «Le baladeur MP3 crée du lien social»

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Interview de Vincent Bullich, chercheur à Grenoble-III, conférencier* et auteur d'une étude sur les usages du baladeur MP3 (avec Didier Bieuvelet et Patrick Guillaud).

La révolution des baladeurs MP3 est-elle différente de celle générée par le Walkman Sony ?

Le Walkman a apporté de la mobilité. Ce qui est différent avec le baladeur MP3, c'est le niveau de ressources et de compétences qu'il demande : posséder un ordinateur, voire une connexion Internet, maîtriser l'interface logicielle...

Qui sont les utilisateurs ?

Il en existe trois types. D'abord, les technophiles qui maîtrisent le matériel et font une utilisation individuelle. Ensuite, les débrouillards qui n'y connaissent pas grand-chose, mais se font expliquer. Ils utilisent toujours la même procédure. Enfin, il y a les collectivistes qui maîtrisent la technique mais développent la répartition des tâches. Par exemple, en famille, entre deux frères, c'est toujours le même qui va récupérer les morceaux pour l'autre.

Le baladeur va-t-il développer d'autres fonctionnalités ?

L'usage premier, c'est-à-dire écouter de la musique, est prépondérant. Beaucoup d'utilisateurs connaissent les fonctions secondaires, mais il y a concurrence entre les outils qui ont les mêmes fonctions. Par exemple, les gens vont utiliser la mémoire vocale de leur téléphone mais pas celle du baladeur.

Est-il un objet individualiste ?

Les pratiques sont plutôt individuelles mais, paradoxalement, il a développé une forme de collectivisme. Les gens mettent en commun leurs connaissances et les contenus. Cela crée du lien social.

Il a aussi incité au piratage ?

Beaucoup de jeunes ont utilisé le peer-to-peer parce qu'ils ne pouvaient pas faire autrement. Ils n'avaient pas de Carte bleue et pas d'offre disponible. Désormais, les industries culturelles cherchent à améliorer cette offre avec des cartes prépayées.

Recueilli par David Carzon

*Colloque sur les mutations des industries de la culture, à Saint-Denis, Maison des sciences de l'homme Paris-Nord et CNRS, jusqu'à demain soir.