L'avenir pas tout rose de l'essence verte

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La France, très en retard sur certains pays comme le Brésil ou la Suède, va se doter de "pompes vertes" pour proposer un biocarburant meilleur marché mais elle manque encore pour le moment de voitures adaptées et d'un circuit de distribution.
La France, très en retard sur certains pays comme le Brésil ou la Suède, va se doter de "pompes vertes" pour proposer un biocarburant meilleur marché mais elle manque encore pour le moment de voitures adaptées et d'un circuit de distribution. — Alain Julien AFP/Archives

Thierry Breton marche-t-il à côté de ses pompes vertes ? La promesse faite dimanche soir par le ministre des Finances, qui entend « lancer des pompes vertes à bioéthanol partout sur le territoire » pour fournir « une essence beaucoup moins chère » car moins taxée, laisse sceptiques les spécialistes. Principal obstacle, la production. Fabriquer du bioéthanol nécessite des betteraves, du blé ou de la canne à sucre, donc des terres cultivables. Or, « l'ensemble des terres en France ne suffirait pas pour faire circuler tous nos véhicules », comme l'ont fait remarquer les Jeunes Verts. Plus précis, Jean-Marc Jancovici, coauteur de Le plein s'il vous plaît (Seuil), livre des chiffres édifiants. Notre pays a consommé 48,9 millions de tonnes de pétrole en 2005 pour ses transports. Pour ce polytechnicien, il faudrait utiliser 2 à 27 fois la superficie de la France, selon les projections les plus pessimistes, pour fabriquer la quantité de bioéthanol équivalente. Bref, résume l'expert, « les filières actuelles ne permettent pas d'espérer substituer ce que nous consommons comme pétrole », à moins de « supprimer les forêts et de tout planter en betteraves sucrières ».

Même si la technologie progressait – ce que promettent les producteurs de biocarburants – d'autres freins subsisteraient. Les constructeurs automobiles et les pétroliers se montrent très réticents. Le PDG de PSA, Jean-Martin Folz, a jugé en mai que l'introduction massive en France de voitures roulant avec 85 % d'éthanol serait « stupide ». Quant à l'Union des industries pétrolières, elle a menacé dès 2004 : « Si on nous oblige à incorporer de l'éthanol, on va aller l'acheter là où il est le moins cher. » Autant dire pas en France.

Un cadeau pour les pays émergents ? Pas si sûr. Le 16 août, l'analyste environnemental Lester Brown a expliqué dans Fortune qu'un conflit entre les cultures agroalimentaire et celles dédiées aux biocarburants avait commencé. Or il prévient : « La quantité de grains permettant de remplir un réservoir de 4 x 4 d'éthanol peut nourrir un homme pendant un an. »

S. Colineau