Michel Destot : « Grenoble sera une métropole européenne »

Propos recueillis par David Blanchard et Manuel Pavard

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Quelle est la principale réussite de ce mandat ?

S'il faut en donner une seule, c'est la caserne de Bonne, qui nous a valu d'être primé premier écoquartier de France. C'est un projet phare à l'image de ce que nous voulons réaliser. Mais tous les quartiers, toutes les thématiques ont été traités, car on a eu la volonté de maintenir Grenoble comme une ville innovante. Nous faisons partie du Top 3, avec Rennes et Annecy, des villes bénéficiant de la plus importante croissance économique.

Avez-vous, en revanche, un regret ?

Il existe un problème de déplacements extérieurs. Au sein de la ville, on a amélioré les choses. Sur les grands boulevards, on est passé de 60 000 à 25 000 véhicules par jour. Mais on n'a que trois entrées dans la ville, contre 30 à Lyon et 50 à Paris : cela nous oblige à être vertueux. On a eu le premier tramway de l'ère moderne, avec Nantes, il y a plus de vingt-cinq ans. On a beaucoup développé le vélo. Reste le problème du rail : le TGV n'est pas en grande vitesse entre Saint-Exupéry et Grenoble. C'est pour cela que nous menons la grande bataille du TGV Lyon-Turin. C'est très important, car cela nous mettra à 30 minutes de l'aéroport de Saint-Exupéry, à 45 minutes de Lyon et à 2 h 30 de Paris. L'autre question, c'est la traversée de Grenoble, avec le goulot d'étranglement sur l'A480.

Grenoble a la réputation d'être une ville très polluée.

Cela a beaucoup baissé. Il y avait trois raisons : le flux automobile, l'industrie, et le chauffage. On a moins de flux automobiles. L'industrie a basculé vers l'électronique. Le chauffage est passé à la biomasse et au photovoltaïque.

La ville a fait la une avec des faits divers ces derniers temps : les émeutes de la Villeneuve, puis le lynchage de deux jeunes à la Villeneuve à Echirolles. Comment avez-vous vécu ces événements ?

En termes de délinquance, Grenoble est en 63

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position, alors que c'est la 13

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ville de France. Il y a eu des faits divers tragiques, mais c'est un paradoxe entre cette ville, qui est loin d'être la plus insécure de France, et la médiatisation de ces faits divers qui a fait apparaître un sentiment d'insécurité. Sarkozy a contribué à stigmatiser une ville et un quartier. Ce décalage m'a fortement heurté : la Villeneuve a des atouts extraordinaires.

Comment voyez-vous votre ville dans les années à venir ?

Comme une ville jeune, innovante, ouverte au monde et à ses cultures. Sur dix Grenoblois, il n'y a que deux Dauphinois de souche. Moi-même, je suis d'origine parisienne. C'est une ville d'immigration, où vit la plus forte communauté anglo-saxonne de France, mais aussi beaucoup d'Italiens, de Sud-Américains, d'Africains…

Si Grenoble est plus innovante que d'autres villes, c'est peut-être dû à ce dynamisme. Grenoble sera une grande métropole européenne dans quinze ou vingt ans. Elle a tous les atouts.