Philippe Pelzer : « Le bioéthanol permettrait d’assurer jusqu’à 15% des besoins en essence du pays »

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Trois questions à Philippe Pelzer, directeur de la communication de Tereos, groupe agro-industriel coopératif basé à Lille et premier producteur de sucre français (numéro deux européen) :

Tereos produira en 2007 un million de mètres cubes de bioéthanol en Europe et au Brésil, dont environ 60% servira comme essence pour les transports. Quels sont les bénéfices de cette énergie par rapport au pétrole ?

Il y a tout d’abord un bénéfice environnemental. Les études scientifiques prouvent que le bioéthanol permet une baisse de 75% des émissions de CO2 par rapport à l’essence fossile. D’où une contribution importante pour réduire l’effet de serre.
Le bioéthanol présente également un avantage énergétique. En effet, l’essence a besoin d’être produit, acheminé, raffiné avant d’être utilisé. Il y a tant d’étapes que la société consomme davantage d’énergie pour la produire qu’elle n’en tire de bénéfices. Son solde est négatif. Au contraire, l’éthanol a un bilan énergétique de 3 : pour une unité énergétique nécessaire à sa fabrication, l’éthanol fournit trois unités énergétiques alors que l’essence fossile a un bilan énergétique inférieur à 1.

Les coûts de production de l’éthanol, très élevés, ne sont-ils pas un frein à son utilisation ?

Nous mettons en place deux unités de production de 300.000 mètres carrés chacune. La première ouvrira en octobre 2006 dans l’Aisne et produira de l’éthanol à partir de betteraves. La seconde sera opérationnelle en Seine-Maritime dès avril 2007. De telles tailles d’unités de production n’existaient pas jusqu’alors en France. Mais leur mise en place va permettre très vite de faire baisser les coûts de fabrication du bioéthanol et de les ramener à égalité avec ceux de l’essence fossile, à environ 70 ou 80 dollars le baril.

La surface agricole ne manque-t-elle pas en France pour produire suffisamment de bioéthanol ?

Non, elle permettrait d’assurer jusqu’à 15% des besoins en essence du pays pour les transports des particuliers et des entreprises. Les agriculteurs français ont en effet dû baisser le volume de production de sucre en raison de la réglementation de Bruxelles. Ce qui permet d’avoir des volumes plus grands de betteraves pour produire du bioéthanol.
De plus, les volumes de céréales destinés à l’exportation vont baisser dès 2013 en raison des baisses de subventions imposées par l’OMC. Ce qui permettra, là encore, de bénéficier de davantage de ressources pour la production de biocarburant.

Propos recueillis par Alexandre Sulzer