Philippe Bouquillion : «La vente de musique légale en ligne ne suffira pas»

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Interview de Philippe Bouquillion, chercheur à Paris-VIII, animateur du colloque sur les mutations des industries de la culture*.

Les mutations des industries culturelles sont-elles liées aux évolutions technologiques ?

Ces mutations proviennent avant tout de la volonté des industries culturelles de renouveler sans cesse leur marché. L'exemple de Disney est flagrant. Après avoir raté sa diversification avec le rachat de la chaîne de télévision ABC, son alliance avec Apple est intéressante pour diffuser son contenu. Le rachat du site Myspace montre aussi que les industriels s'intéressent à l'Internet collaboratif. Aujourd'hui, ils ont décidé d'occuper le terrain et de ne pas laisser se reproduire ce qui s'est passé pour la musique.

On sent d'ailleurs que les majors sont déstabilisées...

La situation est confuse. Si tout le monde avait suivi la logique d'Apple, la musique serait juste un outil pour valoriser ceux qui fabriquent le matériel. Les industries peinent à inventer des modèles économiques et ceux qui ont été trouvés se font au détriment des fournisseurs de contenus. Il est trop tôt pour dire quel modèle économique va émerger. On sait juste que la vente de musique légale en ligne ne suffira pas.

Pourquoi ?

Parce que les usages liés au peer-to-peer ne peuvent pas disparaître et parce que le modèle de l'édition physique ne se transpose pas sur le digital.

Quelle est la valeur d'un produit culturel comme un morceau de musique ?

C'est tout l'enjeu pour les industries culturelles, qui ne savent pas si elles doivent donner de la valeur en fonction de l'audience ou du produit lui-même. Elles vont avoir tendance à développer les produits jetables au caractère éphémère.

Recueilli par David Carzon

* Jusqu'à mercredi à La Maison des sciences de l'homme, à Saint-Denis.