Réunion d'urgence sur la violence dans le 93

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Le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy a accusé une nouvelle fois la justice de la Seine-Saint-Denis, aux portes de Paris, de "démission" face aux délinquants, après la publication d'une lettre du préfet s'alarmant de la recrudescence de la délinquance.
Le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy a accusé une nouvelle fois la justice de la Seine-Saint-Denis, aux portes de Paris, de "démission" face aux délinquants, après la publication d'une lettre du préfet s'alarmant de la recrudescence de la délinquance. — Olivier Laban-Mattei AFP

Le Garde des Sceaux, Pascal Clément, réunit aujourd'hui les principaux acteurs judiciaires et policiers pour relancer la lutte contre la délinquance en Seine-Saint-Denis. Ces invitations ont été lancées par Jacques Chirac dans l'espoir de clore la polémique entre Nicolas Sarkozy et les juges, après ses déclarations sur la « démission » supposée des magistrats de Bobigny face aux jeunes délinquants. Un point de vue renforcé par le sondage CSA-Aujourd'hui, publié samedi, établissant que 65 % des Français interrogés estiment que la justice n'est « pas assez sévère » et que 54 % pensent que le ministre de l'Intérieur a eu raison de dire que des magistrats « ont démissionné de leurs responsabilités ». Sont conviés à la réunion des hauts magistrats, comme le procureur général de Paris, Yves Bot, le directeur général de la police nationale, Michel Gaudin, ainsi qu'une douzaine d'invités dont des juges de Bobigny, comme le président du tribunal pour enfants, Jean-Pierre Rosenczveig. Ce dernier a prévenu les organisateurs : « S'il s'agit, pour nous magistrats, d'y parler de nos difficultés et de travailler à des améliorations. Nous y allons avec plaisir. Mais s'il s'agit de recevoir des ordres, il y aura de la réticence. »

Près d'un an après les émeutes en banlieue, cette réunion doit, selon l'Elysée, étudier « les mesures permettant de renforcer encore l'efficacité de l'action publique et judiciaire face aux actes de violence ». De son côté, Alain Vogelweith, juge pour enfants à Bobigny qui n'est pas invité, voit dans cette « réunion improvisée » un « écran de fumée pour oublier que la vraie question, c'est la mise en cause de l'indépendance de l'institution judiciaire », par le ministre de l'Intérieur. Il rappelle à cette occasion que « sur ces questions, les juges des enfants ont fait des propositions il y a un an, avant et après les émeutes de novembre », pour un travail à l'échelle locale.

A. S. (avec AFP)

Propositions Le président du tribunal de Bobigny va faire plusieurs propositions lors de cette réunion : L'ouverture d'un centre éducatif fermé (CEF) en Seine-Saint-Denis. La création d'antennes délocalisées de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ). La création de 30 postes d'éducateurs de la PJJ et une dizaine de psychologues. La réouverture à Aubervilliers d'un foyer d'accueil des jeunes en difficultés. La création d'un guichet unique d'accueil du public.