Le livre choc sur la délinquance

William Molinié

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La France Orange mécanique veut démontrer que les statistiques sont partielles et orientées.
La France Orange mécanique veut démontrer que les statistiques sont partielles et orientées. — F. LODI / 20 MINUTES

Sorti début janvier, le livre* pointe au top 10 du classement des ventes sur Amazon. Avec La France Orange mécanique, Laurent Obertone (c'est un pseudonyme) s'attaque aux analystes de la délinquance.

Journaliste âgé de 28 ans, il veut s'intéresser aux « vrais chiffres », affirme-t-il, de « la réalité de la violence ». Bienvenue dans une France ultra- violente, où les voyous vous frappent gratuitement. « 13 000 vols, 2 000 agressions, 200 viols toutes les 24 heures », assure-t-il, s'appuyant sur les enquêtes de « victimation » réalisées régulièrement par l'Insee et l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP). Des chiffres officiels « trois fois supérieurs » à ceux du ministère de l'Intérieur. Discours alarmiste ? Sécuritaire ? « C'est la réalité qui est extrémiste », se défend-il. Décomplexé ? « Je l'assume », tranche-t-il. La liste des faits divers s'abat au fil des pages, au service de ce qu'il entreprend de démontrer : justice laxiste, bonne morale gauchiste, statistiques partielles et orientées…

« Lobby sécuritaire »


Dans le camp adverse, le sociologue et spécialiste de la délinquance, Laurent Mucchielli, auteur de L'Invention de la violence, ne pouvait pas rester de marbre. « Ce livre est parfaitement scandaleux. C'est le dernier avatar du lobby sécuritaire », conteste-t-il. « Il s'agit de marketing commercial pour faire peur. Ces chiffres étaient connus depuis longtemps », réagit-il. La principale faute d'Obertone ? « Il finit en conclusion par dire que la violence, c'est la faute des immigrés. » Laurent Obertone estime que son livre n'est pas « politisé » et attend de travailler « avec la gauche ». Manuel Valls, le ministre de l'Intérieur, en aurait lu les bonnes feuilles. Que l'on soit d'accord ou non avec lui, son livre convainc le lecteur que la sécurité n'a rien à voir avec les chiffres, mais avec la façon dont ils sont utilisés, au service d'une idéologie.