Un haut magistrat au secours du tribunal

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La visite a fait événement : ce n'est pas tous les jours que le procureur général près la Cour de cassation se déplace « sur le terrain ». Jean-Louis Nadal garde manifestement en travers de la gorge les propos de Nicolas Sarkozy. La mine sévère, ce très haut magistrat a solennellement choisi la cour d'assises du tribunal pour se faire l'avocat des magistrats et condamner les propos du ministre. « Le tribunal de Bobigny est un laboratoire d'exemplarité en matière de lutte contre la délinquance », est-il allé jusqu'à affirmer.

Visiblement, le terme de « démission » accolé à celui de « justice » lui a particulièrement déplu, puisqu'après avoir affirmé pendant une demi-heure et à huis clos son soutien aux magistrats, il est revenu dessus plusieurs fois. « Le mot “regret” existe dans le dictionnaire », a-t-il rappelé, se refusant toutefois à demander des excuses au ministre et rappelant à deux reprises qu'il n'était pas « ministre de la Justice ». Un appel du pied à peine masqué à Pascal Clément, qui a réagi hier en affirmant que la justice était « sévère » et qu'on ne pouvait la critiquer qu'avec « mesure et impartialité ».

Jean-Louis Nadal, dont le soutien a été particulièrement apprécié au sein du tribunal, a aussi lourdement insisté sur le fait que « si la justice seule n'est rien, la police seule n'est rien. Il faut que tous les acteurs soient associés, et un partenariat sans faille. »

M. H.

L'ancien garde des Sceaux et sénateur PS Robert Badinter s'est déclaré « choqué » par les propos de Sarkozy, lançant au Sénat : « La Chancellerie n'est pas l'antenne judiciaire de la Place Beauvau ! »