Les juges décidés à instruire le dossier Sarkozy

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En dénonçant la "démission" de la justice face à la délinquance juvénile, Nicolas Sarkozy a pris un risque politique qui l'entraîne au coeur d'une tourmente à sept mois de l'élection présidentielle.
En dénonçant la "démission" de la justice face à la délinquance juvénile, Nicolas Sarkozy a pris un risque politique qui l'entraîne au coeur d'une tourmente à sept mois de l'élection présidentielle. — Olivier Laban-Mattei AFP

L'affaire devient une affaire d'Etat. En dénonçant mercredi la « démission » de la justice face à la délinquance juvénile en Seine-Saint-Denis, Nicolas Sarkozy s'est mis dans une situation politique très délicate à sept mois de la présidentielle. Hier, ses attaques contre les magistrats du 93 ont provoqué de virulentes réactions dans la magistrature et la classe politique, y compris dans son propre camp.

Plusieurs ministres ont pris la défense des magistrats. Le porte-parole du gouvernement, Jean-François Copé, a estimé qu'ils ont « pleinement à coeur de faire respecter la règle de droit ». Pascal Clément, garde des Sceaux, a déclaré que « les magistrats de Bobigny font un travail très dur et le font bien ». Dominique de Villepin, adversaire nº 1 de Sarkozy au sein de la majorité, a de son côté ajouté que « tout le gouvernement » est « conscient de la tâche difficile des magistrats ».

Seuls les amis du ministre de l'Intérieur ont pris la défense de leur champion. Pour le député UMP Yves Jégo, Nicolas Sarkozy « pose les vraies questions ». François Fillon, lui, voit dans la situation en Seine-Saint-Denis la justification de la « vraie rupture » prônée par le candidat de droite à la présidentielle de 2007.

L'opposition, elle, a tiré à boulets rouges. Jack Lang a estimé que le ministre de l'Intérieur devait démissionner. Arnaud Montebourg l'a qualifié d'« anti-républicain dangereux » en ne respectant pas la séparation des pouvoirs (lire ci-dessous). Laurent Fabius a demandé à Jacques Chirac de « rappeler à l'ordre » son ministre d'Etat.

Le président de la République ne s'est pas exprimé. Mais il reçoit ce matin à l'Elysée Guy Canivet, premier président de la Cour de cassation, le plus haut magistrat du siège, qui a réagi hier publiquement – fait rarissime – et a demandé une audience à Jacques Chirac. Pour Canivet, les déclarations de Sarkozy sont « une nouvelle atteinte à l'indépendance de l'autorité judiciaire ». Son confrère, Renaud Chazal de Mauriac, premier président de la cour d'appel de Paris, a, lui, fustigé « la stigmatisation de la justice à travers des formules chocs et réductrices ». Droit dans ses bottes, Nicolas Sarkozy a réagi en fin de journée, estimant que « les Français savent bien » qu'il dit la « vérité ».

Bastien Bonnefous