Jean-Marie Metzler : «Le chemin de fer était considéré comme ringard»

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Interview de Jean-Marie Metzler, responsable de la mise au point du TGV entre 1976 et 1981

D'où l'idée du TGV vous est-elle venue ?

La SNCF a commencé à y penser dès 1968 avec les rames à turbine à gaz. Mais le TGV est vraiment né de la crise de l'énergie, qui en 1974 a incité à envisager un moyen de transport fonctionnant à l'électricité, et de la saturation de la ligne ferroviaire Paris-Dijon. Mais à l'époque, le chemin de fer était considéré comme ringard et obsolète. Les gens pensaient que l'avion prendrait le relais. Il a fallu faire des efforts pour leur prouver le contraire.

En 1976, vous êtes nommé à la tête de l'équipe chargée de mettre au point le TGV. Quel souvenir en gardez-vous ?

Le souvenir d'une oeuvre collective. En 1978, lors des premiers essais, on a réussi à mobiliser tout le monde, de celui qui assemblait les boulons à l'ingénieur concepteur de logiciel. On a pu montrer qu'on était une nation industrielle puissante, capable de réussir un projet, en respectant devis et délais. J'avais surtout le souci que le TGV ne soit pas un exploit technique et terriblement cher comme le Condorde, mais un bon produit, rentable. Lors du premier passage du TGV, le président François Mitterrand a d'emblée demandé qu'on étudie la possibilité d'une ligne atlantique.

Pensiez-vous que le TGV allait changer la France ?

Je savais que c'était un point de départ, mais je n'imaginais pas les extensions des lignes Nord, Méditerranée, et bientôt Est.

Quelles seront les évolutions dans le futur ?

Le train va s'adapter aux dimensions de l'Europe, et la vitesse augmentera sans doute, mais je ne crois pas qu'elle dépassera 380 km/h. Au-delà, autant s'envoler, et je ne crois pas beaucoup au train magnétique.

Recueilli par M.-C. A.