«Il y a une certitude, Christine Villemin est innocente»

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Interview du colonel Etienne Sesmat, auteur des Deux Affaires Grégory (Belfond)

Pourquoi écrire ce livre maintenant ?

Je me devais d'apporter ma pierre à l'édifice de la vérité. La gendarmerie a été très critiquée et il y a toujours des polémiques sur notre enquête. Je voulais apporter des réponses aux interrogations et aux critiques. La vérité, on la connaît à 90 % quand on regarde les pièces judiciaires.

Quelle est cette vérité ?

Je laisse le lecteur se faire sa conviction sur la base des pièces réelles du dossier, non pas sur la base d'impressions ou de rumeurs. Mais s'il y a une certitude, c'est que Christine Villemin est innocente. La justice l'a clairement dit.

Votre livre revient sur l'enquête de gendarmerie qui a mis en cause la responsabilité de Bernard Laroche dans l'enlèvement de Grégory...

Même s'il y a eu des revirements, notre enquête a débouché en 1984 sur l'inculpation de Bernard Laroche. Et en 1993, un arrêt de la chambre d'accusation de la cour d'appel de Dijon a conforté notre enquête.

Avez-vous fait des erreurs ?

En tout cas, pas celles qu'on nous reproche aujourd'hui. Notre erreur, c'est d'avoir accordé trop d'importance et de confiance aux expertises.

Votre livre est à charge contre le juge Lambert et sa manière de conduire l'enquête...

Je ne veux pas en faire une question de personne, mais je veux que chacun prenne sa part de responsabilités. Quand on prend en compte le nombre de pièces qui ont été annulées, notamment les expertises, il faut qu'il assume.

Comment expliquez-vous que la police judiciaire, qui a repris l'affaire, ait enquêté à charge contre Christine Villemin ?

C'est un exemple de la guerre des polices. Le SRPJ a repris l'affaire en partant du principe que les gendarmes avaient forcément tort.

Comment l'emballement des médias a-t-il pollué l'affaire ?

Il y a eu une violation du secret de l'instruction. Les gens qui auraient dû verrouiller les portes les ont ouvertes. Normal que les journalistes s'y soient engouffrés, il n'y avait plus aucune retenue. Et il y a eu une instrumentalisation des médias pour faire craquer Christine Villemin. Aujourd'hui, je crois que cela ne pourrait pas se reproduire.

La gendarmerie s'est réformée depuis. Qu'est-ce qui a changé ?

Le développement de la police technique et scientifique a conduit la gendarmerie à ouvrir son propre laboratoire, qui est devenu une référence. Il y a eu toute une réflexion sur la manière de conduire les enquêtes, de prendre en charge les médias, les relations avec les magistrats...

Avec les nouvelles techniques, cette affaire serait résolue ?

Si c'était exactement les mêmes éléments, elle serait résolue rien qu'avec les coups de téléphone donnés par le corbeau. On ne peut plus téléphoner sans laisser de traces comme c'était possible à l'époque. On parle de l'ADN, mais en retrouverait-on dans cette affaire ? C'est possible, mais pas certain.

Est-ce que certaines personnes connaissent la vérité ?

Des gens en savent plus qu'ils ne l'ont dit. Maintenant, ce n'est pas sûr que la vérité éclatera. Si le corbeau est le meurtrier, on a affaire à quelqu'un qui a réussi à tromper son monde durant trois ans, sans être démasqué. Quelle que soit cette personne, on tombe forcément sur une surprise énorme...

Recueilli par D. C.