«Indigènes», un «Post-it» de l'histoire

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« Emotionné ». C'est le premier mot que Séraphin a sur les lèvres en sortant de la projection du film Indigènes, présenté hier en avant-première à une centaine de lycéens du Val-d'Oise à Saint-Gratien. « Ça m'a émotionné de voir l'audace de ces hommes, maghrébins et africains, qui ont fait couler leur sang sur le sol français pour que je sois là », reprend ce grand Noir, élève en 1re littéraire. Comme lui, les jeunes ont vivement applaudi le film de Rachid Bouchareb qui rend hommage aux 130 000 « volontaires indigènes » venus se battre pendant la Seconde Guerre mondiale pour libérer « la mère patrie » du nazisme.

Il faut dire que la présence de deux des acteurs du film, Jamel Debbouze et Sami Nacéri, avait quelque peu échauffé les esprits. « Jamel dit que les soldats maghrébins sont un Post-it de l'histoire de France, témoigne Edwige, 16 ans. Mais ce Post-it, je ne l'ai vu nulle part dans mes bouquins d'histoire. » De fait, peu de ses camarades connaissaient ce pan de l'histoire de France avant de visionner le film. « On nous parle toujours des Américains et des Irlandais, mais les Arabes aussi sont venus nous libérer en fait ! », s'exclame Estelle.

Plusieurs jeunes disent avoir été particulièrement frappés de voir les soldats arabes du film « s'accrocher » et continuer d'entonner la Marseillaise, malgré les brimades racistes récurrentes de leurs officiers. Mais du haut de leurs 16 ans, plusieurs d'entre eux avouent craindre que le film ne change pas grand-chose aux mentalités. « Pendant la guerre, les musulmans et les Français n'étaient pas traités à égalité. Et aujourd'hui ? Les immigrés sont toujours mis à l'écart », lâche Elsa.

Laure de Charette

Indigènes sort en salle le 27 septembre. Il retrace l'épopée de Saïd (Jamel Debbouze), Messaoud (Roschdy Zem), Yassir (Sami Nacéri) et Abdelkader (Sami Bouajila), quatre jeunes venus se battre en France en 1943.