L'homophobie attisée par le «mariage pour tous» ?

Alexandre Sulzer

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Après les anti le 12 janvier (ci-dessus), les pro manifestent dimanche.
Après les anti le 12 janvier (ci-dessus), les pro manifestent dimanche. — WITT / SIPA

«Il y a six mois, les agressions verbales étaient rares. Elles sont désormais quotidiennes. » Emilie, lesbienne de 23 ans, témoigne : « Depuis quelques semaines, impossible de sortir dans la rue main dans la main avec ma copine sans se faire insulter. » Il y a plus d'un mois, elle et un couple d'amis homos se sont fait molester devant une boîte. Une côte cassée pour la première agression physique qu'Emilie a subie depuis ses 16 ans, âge auquel elle a décidé de vivre son homosexualité « sans se cacher ». Pour elle, ce climat est lié au débat sur le « mariage pour tous ».

Des chiffres alarmants


« La corrélation est évidente », abonde Nicolas Noguier, président du Refuge, une association qui recueille de jeunes homos en détresse. Sur les 435 appels que l'antenne parisienne a reçus en 2012, 200 ont été passés en décembre. « C'est la pire période depuis dix ans d'existence. » Les témoignages d'actes homophobes recueillis par SOS Homophobie ont augmenté, eux, de 30 % en 2012. En décembre, trois fois plus de témoignages ont afflué que l'année précédente. Et la tendance est de quatre fois plus en janvier 2013. Selon la présidente Elisabeth Ronzier, le débat sur le mariage donne lieu à « des paroles homophobes au quotidien dans le cercle familial, amical, au travail ». Au-delà des insultes, elle reconnaît qu'« une simple interrogation sur le bien-fondé du projet de loi peut participer au mal-être ». Christine, 54 ans, qui vit avec sa copine et ses trois enfants, confie : « Depuis la manif des anti, des questions sont soulevées dans notre entourage. Des choses dont on n'avait pas à se justifier ne vont plus de soi tout d'un coup. » « Jusqu'alors, je ne m'étais pas vécu comme quelqu'un qui n'était pas capable d'avoir des enfants, mais c'est l'image que mes amis, pourtant gay-friendly, me renvoient depuis plusieurs semaines, complète Stéphane, 25 ans. Je me suis rendu compte qu'ils acceptaient que je sois homo. Mais que cette acceptation s'arrêtait à la question des droits. »