Michel Franza : «La violence entre filles reste très limitée»

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Interview de Michel Franza, directeur adjoint de l'Unasea (fédération d'associations de protection de l'enfance).

Que vous inspire cette agression ?

C'est un acte très surprenant parce que très violent. Le fait que ses auteurs soient des filles est un facteur aggravant, d'autant que cela s'est passé dans un foyer d'aide à l'enfance, un lieu qui encadre les jeunes personnes en difficulté et qui leur permet de se reconstruire.

La violence entre filles est-elle un phénomène nouveau ?

Il n'y a pas à ce jour d'observations scientifiques de telles violences, mais c'est un phénomène encore très limité, qui prend de l'ampleur. Les filles n'échappent pas au développement global de la violence chez les jeunes, de tous sexes, de tous âges et de toutes origines.

Ces jeunes filles n'étaient pas des délinquantes...

Au contraire, elles seraient plutôt, jusqu'à leur acte, des victimes, sans tomber dans le mythe de Cosette. Ce foyer n'accueille pas des délinquants, mais des jeunes en situation d'échec familial ou social. Même si je ne crois pas beaucoup au principe de reproduction, il arrive que des victimes de violences deviennent auteurs de violences. Mais il est très difficile de trouver des explications rationnelles à des comportements souvent irrationnels. Il faut donc attendre les résultats du travail judiciaire pour comprendre ces actes.

Craignez-vous des dérapages autour de cette affaire ?

Ces violences tombent mal, alors que le projet de loi sur la prévention de la délinquance est en examen au Sénat. Je crains qu'elles ne renforcent le climat de peur généralisée dans la société à l'égard de la jeunesse. Les médias vont beaucoup parler de cette affaire, comme en 2002 avec l'agression d'un vieil homme quarante-huit heures avant le premier tour de la présidentielle. Pour comprendre ces violences et trouver les bonnes solutions, il faut du temps. Or, les temps médiatique comme politique sont très courts.

Recueilli par B. B.