Huit mois de bras de fer et de négociations

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Presque neuf mois de gestation, et le bébé n'est toujours pas sûr de voir le jour. C'est il y a huit mois, le 25 février, que Dominique de Villepin a annoncé le projet de fusion de GDF-Suez, avec comme préalable la privatisation de Gaz de France. Le tout à la surprise générale. Une précipitation motivée à l'époque par l'annonce trois jours plus tôt d'une OPA possible de l'italien Enel sur Suez. En pleine guerre Mittal-Arcelor, le gouvernement se devait alors de réagir sur le thème du « patriotisme économique ». Le choix du Premier ministre est attaqué par l'opposition. Le PS, le PCF et les syndicats, qui manifestent contre la fusion, exigent que GDF reste une entreprise publique, seule garantie selon eux de l'indépendance énergétique du pays et de tarifs raisonnables pour les particuliers.

Mais le principal handicap est alors pour Matignon l'attitude de sa propre majorité. L'UDF et plusieurs parlementaires UMP font savoir leur opposition au projet, inquiets des réactions des électeurs dans leur circonscription, quelques semaines après le fiasco du CPE. Au premier rang, le président de l'UMP, Nicolas Sarkozy. A l'été 2004, alors qu'il était ministre de l'Economie, Nicolas Sarkozy avait promis, lors de l'examen du texte modifiant le statut d'EDF et GDF, que l'Etat garderait au moins 70 % du capital de Gaz de France. La privatisation prévue par Dominique de Villepin fait tomber cette part à 34 %. Après tout un été de négociations, Sarkozy apporte son soutien à la fusion le 15 août. Il n'est pas le seul à droite à renier sa parole, puisque Jacques Chirac avait assuré, lors du Conseil des ministres du 19 mai 2004, qu'EDF et GDF « ne seraient pas privatisés ». De leur côté, Suez et GDF ont multiplié les actions de lobbying auprès de députés et d'élus locaux. Et les syndicats ont prévu une journée d'action le 12 septembre.

B. B.