Bernard Kouchner : «Je ne crois pas au projet du PS»

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Le fondateur de Médecins sans frontières, Bernard Kouchner, a exprimé dimanche l'espoir d'une paix durable après la dernière guerre au Liban, en visitant la ville frontalière de Khiam, lourdement bombardée par Israël.
Le fondateur de Médecins sans frontières, Bernard Kouchner, a exprimé dimanche l'espoir d'une paix durable après la dernière guerre au Liban, en visitant la ville frontalière de Khiam, lourdement bombardée par Israël. — Oussma Ayoub AFP

Interview de l'ancien ministre socialiste de la Santé.

Quel regard portez-vous sur la bataille des candidatures au PS ?

Je pense que nous n'avons pas choisi le meilleur mode de désignation. Il aurait fallu inventer des primaires de toute la gauche à la française, sur le modèle italien. J'ai essayé. J'avais appelé cela la « Fabrique démocratique ». Ça n'a pas intéressé mes camarades du PS. Mais la situation commence à se clarifier.

C'est-à-dire ?

D'après les sondages, dont il faut se méfier, il me semble qu'il reste Ségolène Royal et Lionel Jospin, même si je ne néglige pas les autres candidats. Jospin est un homme droit qui respecte les idées des autres. Il est sans aucun doute un homme d'Etat. De l'autre côté, il y a Ségolène Royal, que j'ai été le premier à soutenir contre les mâles socialistes qui ne voient en elle qu'une faible femme. C'est le temps des femmes, même si ce n'est pas un critère suffisant. Ségolène parle différemment, de manière moderne. C'est un atout.

Vous allez donc la soutenir ?

J'attends pour me prononcer que chaque candidat réponde à des questions simples. Je ne crois pas au projet du PS, qui n'est pas une réflexion commune, mais un ramassis des pensées des uns et des autres. Allons-nous renationaliser EDF, ce qui ne serait pas sérieux ? Laissera-t-on les Français qui le veulent travailler plus de 35 heures ? Allons-nous conserver nos départs à la retraite à 57-58 ans alors qu'en Allemagne, c'est 68 ans ? Je veux aussi que l'on parle d'Europe ! La différence au PS entre le « oui » et le « non » lors du référendum reste une fracture importante.

Pourriez-vous être candidat ?

Si un minimum de démocratie sociale moderne n'est pas représenté par le candidat socialiste, je pense que j'irai avec mes propres amis, peut-être en dehors du PS. A l'intérieur, je ne peux pas, tout est verrouillé. Pour les éléphants, je ne suis pas un « vrai » politique. Je n'ai pas de courant, je ne réclame aucun poste, et je n'aime pas les mensonges. Mais il est vrai, au fond, que je n'ai fait « que » trente ans d'humanitaire, dix ans au gouvernement et quelques missions de paix... Qui peut présenter un tel CV chez les apparatchiks ?

Vous êtes aussi depuis mardi le candidat de la France à la présidence de l'Organisation mondiale de la santé. Comment concilier l'OMS et la présidentielle de 2007 ?

Chaque chose en son temps. Je suis candidat à un poste essentiel pour la santé publique mondiale : les malades sans frontières.

Pourquoi l'élection de 2007 est-elle si importante ?

La gauche française a une mission historique attendue partout sur la planète. Elle doit adoucir la mondialisation, la rendre compréhensible et utile aux plus démunis, et se débarrasser de ses illusions gauchistes.

C'est ce que vous expliquez dans votre prochain livre* ?

Mon livre essaie de répondre à plusieurs de ces questions et explique, avec ironie, combien c'est dur d'être de gauche... surtout quand on n'est pas de droite.

Recueilli par Bastien Bonnefous

* Deux ou trois choses que je sais de nous, Robert Laffont, parution le 18 septembre.