Karen Montet-Toutain : «J'ai le sentiment d'être écartée par mon établissement»

©2006 20 minutes

— 

 
  — SERGE POUZET / 20 MINUTES

Interview de Karen Montet-Toutain, professeur au lycée Louis-Blériot d'Etampes (91). Auteur de Et pourtant, je les aime..., aux éditions Michel Lafon.

Comment allez-vous, neuf mois après votre agression ?

C'est difficile, il y a des hauts et des bas. Chaque jour est un combat. Je suis toujours en rééducation, j'ai des séquelles physiques, et je dois attendre encore quelques mois avant d'avoir un diagnostic médical définitif.

Cette rentrée scolaire se fait donc sans vous ?

Ça me fait beaucoup de mal. J'ai le sentiment d'être écartée par mon lycée d'Etampes alors qu'administrativement, je dépends toujours de cet établissement. Je me sens exclue et donc inutile.

Vous n'avez aucune nouvelle de votre hiérarchie ?

Ma hiérarchie m'a demandé par lettre une réponse pour le 21 août concernant mon choix d'avenir professionnel. J'ai pris cette date comme un ultimatum. Ma réponse a été simplement médicale : je suis en arrêt d'accident du travail, donc j'estime que je n'ai pas à me prononcer jusqu'à la fin de mon arrêt.

Mais l'Education nationale ne vous propose rien ?

Quand le ministre Gilles de Robien est venu me voir chez moi, le 16 janvier, soit un mois après mon agression, on m'a fait croire que tout était possible. On m'a fait miroiter les plus grands postes. Actuellement, on ne me propose qu'un poste dans un centre artistique et culturel à Charamande, dans l'Essonne. Cet établissement est excellent, je n'en doute pas, sauf que si j'accepte, je perds mon statut de professeur et le rapport direct avec les élèves. Ce que je ne veux pas.

Voulez-vous toujours enseigner ?

Oui, quand je serai remise, j'ai envie d'enseigner de nouveau, pas forcément au lycée Louis-Blériot. Hormis le 16 décembre, je n'ai pratiquement que de bons souvenirs de mes années d'enseignement. La vie est la plus belle des écoles. C'est aussi ce qui m'a donné envie d'écrire, pour dire à mes élèves que j'ai passé des années merveilleuses avec eux.

Avez-vous le sentiment de déranger l'Education nationale ?

Je ne sais pas si je les dérange, mais j'ai l'impression qu'ils ne savent pas gérer ma situation. Je n'en veux pas forcément à ma hiérarchie, mais je suis très déçue de leur comportement le jour de mon agression et après. J'étais en demande d'une réponse amicale pour me reconstruire. Je suis déçue de travailler pour des personnes qui ont eu peu de scrupules pour critiquer l'enseignante impliquée que j'étais. J'ai eu la naïveté de croire que mon agression pourrait servir de déclencheur pour permettre une réflexion nationale sur le problème de la violence scolaire. Mais non, on veut faire de moi une exception, un cas isolé. Ou alors, la seule qui a voulu me donner la parole est l'UMP, mais sa proposition ressemblait trop à une récupération politique.

En voulez-vous à l'élève qui vous a agressée ?

Je ne lui en veux pas. Je comprends sa colère, pas son acte. Pour cela, il faudrait que je le revoie pour en parler avec lui. Et savoir si le 16 décembre, il a voulu agresser la femme ou bien la prof que je suis, s'il m'en voulait précisément à moi et pourquoi, ou si je n'ai pas eu de chance et qu'il m'a frappée parce que c'était moi qui étais là.

Recueilli par B. B.