Cachan : les sans-papiers du gymnase à l’école

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 « Maman, on y sera dans le reportage ? – Non ma chérie. » La petite fille à nattes blondes qui effectuait sa rentrée, hier matin, à l’école élémentaire Belle-Image de Cachan (Val-de-Marne) n’intéressait effectivement pas la presse. Sur les soixante-seize enfants du gymnase occupé par les anciens squatteurs, la moitié est scolarisée depuis hier dans la ville ou les environs, les autres étant trop jeunes. Hier, ils sont donc rentrés calmement, bien apprêtés et le plus souvent sans pleurer, comme s’ils étaient habitués à des moments bien plus difficiles dans le gymnase où leurs familles sont entassées. Le personnel de lamairie, muni de brassards, aidait les parents ou accompagnait les élèves du gymnase jusqu’à l’école. Dehors, une affiche devait rassurer les parents : « Tout sera mis en oeuvre pour que la rentrée se passe dans les meilleures conditions. » C’est ce qui s’est passé hier dans une ambiance bon enfant, alors que des membres de Réseau éducation sans frontières (RESF) distribuaient des tracts. Seul incident notable, un automobiliste excédé par la foule a forcé le passage devant un policier en civil qui a sorti son arme. Après les déclarations de Nicolas Sarkozy, jeudi, devant une assemblée du Medef (« Le maire de Cachan a décidé de les accueillir dans un gymnase, et bien maintenant, c’est son problème »), Jean-Yves Le Bouillonnec, le maire socialiste de Cachan présent hier, a répliqué : « L’Etat ne sait pas gérer la situation. Il disperse les gens dans la rue comme à Sangatte, puis il joue les durs alors que dans le département, il n’y a toujours pas de solution de logement d’urgence. Et ce, depuis des années. » Les autres parents d’élèves semblaient mi-amusés mi-gênés par tant d’attention. Une fois la rentrée effectuée, certaines mères débattaient entre elles, poussettes à la main : « Il n’y a pas de solution à cette situation » ; « Les laisser dans un lieu pareil, c’est lamentable » ; « Oui, mais nous, on paye des impôts. »Al’écart, un riverain assistait à la scène, dépité : « On aurait dû s’occuper de tous ces gens avant d’en arriver là. »

Arnaud Sagnard