Dorothée Ramaut : «Un scandale de la même ampleur que l'amiante»

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Interview de Dorothée Ramaut, auteur de Journal d'un médecin du travail (éditions Le Cherche Midi).

Dans votre livre, on se rend compte que la souffrance au travail est organisée...

Oui. Dans la grande distribution comme ailleurs, la maltraitance managériale est devenue une règle. Tout le monde s'y plie, de la direction aux chefs de rayons. Il s'agit de mettre la pression sans arrêt pour que les salariés donnent toujours plus. Jusqu'à craquer.

L'entreprise ne finit-elle pas par être perdante quand elle fait craquer ses employés ?

Non, la souffrance au travail n'est pas reconnue comme une maladie professionnelle. Alors, quand un salarié est licencié pour inaptitude médicale, il se retrouve au chômage et c'est la collectivité qui paye. Si les entreprises étaient responsables financièrement, cela changerait peut-être les mentalités.

Et vous, en tant que médecin du travail, que pouvez-vous faire ?

Il y a un véritable problème de santé publique, un scandale de la même ampleur que celui de l'amiante. On nous a d'ailleurs beaucoup reproché de ne pas avoir parlé de l'amiante et maintenant, dès qu'on veut dénoncer la souffrance au travail, on nous tape sur la tête.

Vous avez vous-même subi des pressions pour avoir dénoncé des abus ?

La direction de la grande surface a appliqué à ma personne ce qu'elle sait faire : elle a instauré un rapport de force, et a essayé de me mettre en difficulté. Des salariés m'ont même prévenu qu'on voulait me mettre des objets volés dans les poches.

Les choses ont-elles changé ?

Non, elles sont même de pire en pire. Une femme qui est à six mois de la retraite vient de me raconter comment elle a été humiliée en public. Et ce genre d'humiliation, c'est ce qui fait le plus mal.

Recueilli par D. C.