« Une avancée considérable » pour les salariés exposés

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L'amiante en France : près de 3 000 morts chaque année, et au moins 100 000 d'ici à vingt ans. Autant dire que le jugement d'hier du tribunal lillois intervient dans un contexte lourd. La décision est une première dans la mesure où, en plus des sanctions contre Alstom Power Boilers et son ex-directeur, la société devra verser 10 000 e à chacun des 150 salariés exposés de 1998 à 2001, alors que l'amiante est interdit depuis 1997.

Jusqu'à présent, les sociétés poursuivies ne devaient indemniser que les travailleurs déclarés malades. Un pis-aller car les procédures durant une éternité, quand arrivait le procès, la plupart des victimes étaient décédées et plusieurs entreprises incriminées avaient disparu.

A Lille, si les 150 salariés parties civiles ne sont pas tous malades, tous ont été reconnus victimes au titre de la « mise en danger de la vie d'autrui ». Selon l'avocat Jean-Paul Teissonnière, « Reconnaître la responsabilité d'Alstom pour l'exposition de tous les salariés, et plus seulement des malades, est une avancée considérable ». Un jugement qui pourrait faire jurisprudence dans d'autres affaires de santé publique, comme le nucléaire ou les cancers professionnels.

Les associations de victimes attendent désormais le procès pénal de l'amiante pour « homicide involontaire ». Une vingtaine de dossiers sont à l'instruction au pôle de santé publique du tribunal de Paris, doté depuis le début de l'année d'une « cellule » d'enquêteurs spécialisés. « Après plusieurs années de blocage, la justice semble avancer, estime François Desriaux, président de l'Association nationale de défense des victimes de l'amiante. Mais tant qu'il n'y aura pas un grand procès, nous manifesterons chaque année pour qu'on ne nous oublie pas. » Le prochain rassemblement est prévu le 30 septembre à Paris.

Bastien Bonnefous