Le collège, dernier de la classe

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De toutes les réformes qui entrent en vigueur ce matin, jour de la rentrée scolaire pour 12,4 millions d'élèves, celle du « socle commun » de connaissances est probablement la plus ambitieuse. Son principe : faire en sorte que tous les adolescents arrivés en fin de scolarité obligatoire, en général en fin de 3e, maîtrisent sept « compétences ». Parmi elles, la langue française, la pratique d'une langue étrangère, les principaux éléments de mathématiques et de culture scientifique. Des évaluations en fin de CE1, en fin de CM2, puis en fin de 3e seront progressivement mises en place d'ici à juin 2008.

Si cette réforme rencontrait le succès, cela apparaîtrait comme une véritable révolution. Car le collège remplirait enfin sa mission, ce qui est loin d'être le cas aujourd'hui. En librairie depuis la semaine dernière, le livre-réquisitoire écrit par le journaliste Emmanuel Davidenkoff*, aidé de six enseignants, en fait l'implacable démonstration. A travers le prisme des manuels, et donc des programmes scolaires, l'ouvrage met en lumière la faillite d'un système : sur les 25 % d'élèves les plus faibles à l'entrée en 6e, 90 % seront toujours les plus faibles quatre ans après, et ne décrocheront jamais le baccalauréat.

Si le collège est le maillon faible du système scolaire, démontre Emmanuel Davidenkoff, ce n'est pas le fruit du hasard. Les enseignements sont jargonneux – on utilise en français des termes tels que « locuteur » ou « énonciation » –, les enseignants livrés à eux-mêmes – seuls 12 % des profs de maths utilisent les manuels –, les parents largués. A ces derniers, l'auteur adresse ce message plein de compassion : « Vous avez du mal à comprendre les cours de vos enfants, c'est normal, vous n'êtes pas fous et c'est un scandale de vous infliger ça. » Que dire alors aux collégiens ?

S. C.

* Réveille-toi Jules Ferry ils sont devenus fous, Oh ! Editions.