Affaire Mahé: le général Poncet maintient qu'il n'a pas donné l'ordre de tuer

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Un soldat n'est pas censé réfléchir, mais il doit pourtant désobéir à un ordre illégal. La contradiction a été soulignée mercredi au procès des quatre militaires français accusés du meurtre en 2005 d'un présumé criminel ivoirien.
Un soldat n'est pas censé réfléchir, mais il doit pourtant désobéir à un ordre illégal. La contradiction a été soulignée mercredi au procès des quatre militaires français accusés du meurtre en 2005 d'un présumé criminel ivoirien. — Francois Guillot afp.com

Le général Henri Poncet, ancien commandant de la force Licorne en Côte d'Ivoire, a affirmé avec force mardi devant la cour d'assises de Paris qu'il n'avait pas donné l'ordre de tuer l'Ivoirien Firmin Mahé en 2005.

Quatre anciens militaires de Licorne, dont un colonel qui maintient, lui, avoir agi sur ordre du général, sont jugés pour le meurtre de Mahé, qu'ils tenaient pour un dangereux "coupeur de route" (bandit). Il avait été étouffé avec un sac plastique alors qu'il était transporté, blessé, dans un blindé français.

Le colonel Burgaud a reconnu avoir transmis à ses hommes l'ordre que Mahé n'arrive pas vivant à destination, affirmant que le général Poncet lui avait lui-même dit: "Roulez doucement... vous m'avez compris".

"Je n'ai jamais tenu ces propos, Monsieur le président", a assuré devant une salle comble le général Poncet.

Selon lui, le colonel, comme l'adjudant-chef Guy Raugel qui a exécuté l'ordre, ont sans doute souffert d'un "décrochage du sens moral", phénomène lié au stress de la mission, au désarroi, à l'empathie avec la population...

Le président, Olivier Leurent, a alors appelé le colonel Burgaud à la barre. "Je ne savais pas avoir été commandé par un psychiatre, je pensais avoir été commandé par un chef, je m'aperçois que ce n'est pas le cas", a lâché l'accusé.

"Le général Poncet ici présent m'a bien donné l'ordre dont j'assume la totale responsabilité de l'avoir transmis, moi, mais pas cet homme-là", a-t-il ajouté, déclenchant dans le public quelques applaudissements vite stoppés par le président.

"Je vais dénoncer"

"Je suis désolé, c'est nouveau pour moi, mais je vais dénoncer", est ensuite venu dire le général Renaud de Malaussène, ancien adjoint en Côte d'Ivoire du général Poncet. Ce dernier était "connu", selon lui, "pour ses emportements en opérations extérieures" et avait "un style de commandement très violent, très pousse au crime".

Renaud de Malaussène croit de fait que le colonel Burgaud a "reçu l'impulsion pour que Mahé n'arrive pas vivant".

Tout en "regrettant" ce qui s'est passé, il en a appelé à "l'indulgence" de la cour. "Mes soldats ne peuvent être le bras armé courageux d'un ordonnateur qui a manqué de courage (...), mes soldats n'ont jamais tué d'innocent, ils n'ont jamais fait que protéger des innocents", a-t-il conclu.

Henri Poncet avait été mis en examen au début de l'enquête pour complicité d'homicide volontaire mais avait bénéficié d'un non-lieu.

Il avait en revanche reçu un blâme, de même que le général de Malaussène, pour ne pas avoir dénoncé les faits.

"Les faits qui sont aujourd'hui jugés sont à mes yeux inacceptables, sur le plan du droit, et contraires au règlement militaire, à la morale et à l'éthique", a ensuite déclaré l'ancienne ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie, également citée comme témoin.

"Nos militaires sont confrontés à des situations très difficiles, mais la règle veut que l'on respecte le droit", a-t-elle ajouté, tout en reconnaissant que "le mandat de l'ONU n'était pas particulièrement adapté à l'époque".

Dans la matinée, Adèle Dito, 67 ans, ancienne adjointe au maire de Bangolo (ouest de la Côte d'Ivoire), avait déclaré que "la France devrait décorer" les accusés plutôt que de les condamner.

"Mahé avait un groupe qui terrorisait la population", a-t-elle affirmé, sous les cris de "menteuse!" lancés par des Ivoiriens dans la salle. La famille de Mahé affirme qu'il n'était pas un coupeur de route.

Le procès est prévu jusqu'à vendredi.