«Pour un bon élève, la ZEP, c'est du suicide scolaire»

©2006 20 minutes

— 

Interview de Philippe*, professeur de collège en ZEP à Vaulx-en-Velin (Rhône)

Subissez-vous le départ de certains de vos élèves vers le privé ?

Oui. Depuis deux ans, nous perdons à chaque rentrée entre vingt et trente élèves, presque l'équivalent d'une classe. Il y a clairement une fuite des ZEP de la part de certains parents d'élèves.

Pour quelles raisons ?

Ils veulent donner toutes leurs chances de réussite scolaire à leurs enfants et ils ont peur de l'insécurité qui règne parfois dans les collèges en ZEP.

Votre collège ne peut-il pas permettre cette réussite scolaire ?

Il faut reconnaître que non. Avant la réforme du collège unique, les classes étaient réparties par niveaux, ce qui permettait de lisser les différences entre élèves. Aujourd'hui, le niveau général ne cesse d'être tiré vers le bas. Pour un bon élève, c'est pratiquement du suicide scolaire.

Vous comprenez donc la décision de ces parents ?

Pour des professeurs ou des chefs d'établissements publics, c'est difficile de voir des élèves partir dans le privé. Mais je ne peux pas en vouloir à ces parents. Je n'ai pas moi-même d'enfants, mais si j'en avais, je ne voudrais pas qu'ils aillent dans le collège où j'enseigne.

* l'enseignant a requis l'anonymat