Quand Jospin revient sur sa défaite

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Le "naufragé du 21 avril", voix à demi cassée et larmes aux yeux, a eu du mal à terminer sa phrase. La salle, comble (au moins 700 jeunes), l'a aidé en l'applaudissant à tout rompre, sous le coup de l'émotion elle aussi.
Le "naufragé du 21 avril", voix à demi cassée et larmes aux yeux, a eu du mal à terminer sa phrase. La salle, comble (au moins 700 jeunes), l'a aidé en l'applaudissant à tout rompre, sous le coup de l'émotion elle aussi. — Fred Dufour AFP

Il a enfin fendu l'armure. Lionel Jospin a mis une heure avant de craquer samedi devant les jeunes militants PS. Une heure et quatre ans. Invité à s'expliquer sur sa défaite du 21 avril 2002, celui qui se dit « disponible » pour 2007, a répondu avec ses tripes, mais aux forceps. Car « l'austère qui se marre », comme il s'était lui-même qualifié du temps de Matignon, a d'abord ânonné un discours soporifique sur le thème de « la gauche au pouvoir ». Presque un texte d'adieu.

Jusqu'à ce qu'une militante ose : « Camarade Jospin, pourquoi es-tu parti, es-tu revenu ? Réponds franchement », l'interroge-t-elle. « Je ne vous ai pas abandonnés », s'emporte-t-il. Le 21 avril 2002 a été « une épreuve soudaine, inattendue et cruelle » qu'il pensait « impossible ». Il accuse « la division de la gauche » d'en être une des causes, mais reconnaît n'avoir pas mené « une bonne campagne ». Alors, en se retirant, il a « voulu marquer qu'[il] acceptai[t] l'arrêt du peuple ». Sa voix se casse, il est au bord des larmes.

Son intervention a été le grand moment du week-end. Mais un moment frustrant. Car, prudent, l'ex-premier ministre a refusé d'hypothéquer l'avenir. S'il a une fois de plus critiqué Ségolène Royal – « il faut des convictions pour être candidat », a-t-il lâché – Jospin n'a rien dit clairement de sa propre candidature. « Ses amis le poussent, mais son ego l'en empêche car il sent bien qu'il n'y a pas une attente dans le parti, estime un responsable socialiste. Il aurait dû revenir en sauveur après le référendum sur l'Europe. Aujourd'hui, il a été dépassé par Royal et même par Hollande. Il a raté le coche. »

B. B.