Les associations parlent de « coup médiatique », la préfecture de « sécurité »

— 

Elles ont été prises de court. Les associations pensaient que la préfecture attendrait au moins jusqu’au 22 août, date d’une réunion prévue entre ses services et des dignitaires religieux, avant de procéder à l’expulsion du squat de Cachan (Val-de-Marne). « Ils ont préféré la force à la médiation », regrette Odile Beillouin, de la Cimade, un service œcuménique d’entraide. « Il était plus que temps de trancher », rétorque Bernard Tomasini, préfet du Val-de-Marne. «Nous étions parvenu à un protocole d’accord avec les associations en début d’année et finalement, les représentants des squatters ont refusé de le signer, demandant un logement et la régularisation pour tous. C’était impossible à satisfaire. »

A l’origine, l’expulsion était ordonnée depuis le 14 avril 2004 par le tribunal administratif de Melun. Pour justifier la décision d’évacuer ces jours-ci, Bernard Tomasini invoque une question de sécurité, le bâtiment n’étant plus aux normes depuis 2002. Les associations y voient plutôt une confirmation de la politique d’immigration actuelle de Nicolas Sarkozy. «C’est un coup médiatique, dénonce Dominique Bellidon, membre du Réseau éducation sans frontières (RESF). D’un côté, le ministre de l’Intérieur flatte son aile gauche en régularisant 6000 personnes, d’un autre, il séduit son aile droite en se montrant ferme à l’égard des squatters et des sans-papiers. »

Sur les 508 personnes expulsées de la barre F jeudi, 49 hommes célibataires, selon la préfecture, ont été placés en garde à vue, soit parce qu’ils étaient déjà sous le coup d’un arrêté de reconduite à la frontière, soit parce qu’ils étaient en situation irrégulière. « Les premiers seront placés en centre de rétention le temps d’être expulsés, les seconds verront leur cas réétudié», précise le préfet. Pas moins de 465 contrôles d’identité ont ainsi été réalisés par la police judiciaire jeudi. Les associations dénoncent une opération de force, permettant de procéder à de nombreuses arrestations. « Un charter est parti en Roumanie ce matin et près de 80 places ont été libérées dans des centres de rétention », affirme la Cimade. « Faux, archi-faux », répond Bernard Tomasini.

Parmi les expulsés du squat, figurent dix familles qui ont déposé une demande de régularisation dans le cadre de la circulaire Sarkozy. « Elles sont toutes relogées à l’hôtel en attendant d’obtenir une réponse », assure le préfet. Pablo Krasnopolsky, membre de RESF, doute de la possibilité pour ces familles d’être régularisées, leur lieu de domiciliation ayant été illégal.
Les familles en règle ont été relogées dans des hôtels de la région. « 317 chambres ont été libérées, annonce la préfecture. Et la plupart des hôtels, hormis un dans le Val d’Oise, sont à environ dix minutes de transports de Cachan. » RESF redoute tout de même que cet éloignement nuise à la scolarisation des 141 enfants du squat. « Nous serons présents et mobilisés à côté de chaque chaise vide de la rentrée », annonce Pablo Krasnopolsky.

Catherine Fournier