"Les besoins en sang augmentent"

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Pour le professeur Jean-Louis Beaumont, la baisse dramatique des stocks de sang cet été vient d'une augmentation inexpliquée des besoins

L’Etablissement français du sang vient de passer le deuxième appel aux dons de cet été. Y a-t-il péril en la demeure ?

Oui. C’est très rare que l’EFS lance ce type d’alerte. Les stocks de sang sont très bas depuis juillet, c’est la première fois que je vois cela. Si, après cet appel, il n’y a pas de réaction dans les deux semaines, on sera en manque de produits sanguins et nous ne pourrons pas satisfaire la demande à la rentrée, qui croît logiquement après les vacances.

A quoi est due cette baisse des stocks ?
Le phénomène est apparu au début de l’été. Il est dû à une augmentation de la distribution des produits sanguins. Cela a commencé au début de l’année, avec une augmentation de 2% des demandes de transfusions sanguines. Mais en juillet, la demande a explosé, avec une augmentation de 9% par rapport aux cinq années précédentes en Ile-de-France. C’est très inhabituel.

Pourquoi cette augmentation des besoins ?
Grande question. C’est ce sur quoi nous devrons plancher. Nous avons quelques éléments de réponse : le vieillissement de la population, les accidents de la route –même si le nombre de morts a diminué, le nombre de blessés a, lui, augmenté. Mais il faudra attendre d’éplucher les dossiers pour savoir si le sang transfusé l’a été en traumatologie, pour le médical (cancérologie) ou, de façon moins probable, pour la chirurgie cardiaque et vasculaire. Nous n’aurons pas de réponse avant octobre.

Les dons se sont aussi faits plus rares avec la canicule…
En effet. Plusieurs collectes ont dû être annulées, et les gens se sont moins déplacés. Certains en sourient, mais je pense également que la crise du CPE n’est pas étrangère à cette baisse des dons. Les stocks sont bas depuis mars-avril car cette crise a entraîné beaucoup d’annulation de collectes dans les lycées et les facultés. Or, en Ile-de-France, gros pourvoyeur de produits sanguins, la collecte repose à plus de 25% sur le milieu scolaire et universitaire.

Combien de donneurs supplémentaires faut-il pour éviter toute pénurie ?
Selon une enquête réalisée en 2003 par l’Institut Louis Harris, 84% de la population française est prête à donner son sang, mais seulement 4% à 5% le fait... A l’heure actuelle, il suffit qu’il y ait 1,5% à 2% de donneurs supplémentaires pour revenir à des stocks suffisants, sachant que sur un an, 380 000 poches de sang sont consommées au niveau national.

De façon générale, y a-t-il de moins en moins de donneurs ?
Non. Au contraire, de plus en plus de jeunes et de femmes donnent leur sang. Ce sont les besoins qui augmentent

Recueilli par Faustine Vincent