L'homophobie, d'un fait divers à la vie de tous les jours

Arnaud Sagnard

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AFP TV

Chaque résident du Marais semble au courant de l’agression dont a été victime un homosexuel parisien de 28 ans retrouvé le 21 juillet dans un parc du Val-de-Marne et aujourd’hui toujours dans le coma. Si un acte délibérément homophobe n’est aujourd’hui pas avéré, la communauté gaie y pense. La victime a été aperçue pour la dernière fois au Banana Café, un établissement nocturne bien connu du quartier. Le parquet de Créteil a ouvert une information judiciaire et un appel à témoins vient d’être lancé. Un vendeur de vêtements ne semble pas étonné : « Ce n’est malheureusement pas nouveau, il y a toujours eu des gens organisés profitant des endroits de rencontres homos pour « casser du pédé ». Autrefois, c’était les jardins publics et les parkings, aujourd’hui il suffit de passer par un site de rencontres. Nous sommes un type potentiel de victime comme l’est une vieille dame ». Il précise ne pas y être confronté dans son magasin mais que tous les deux mois, des jeunes débarquent dans la boutique et se moquent : « Mais, c’est plein de pédés ici ».

D’autres résidents identifient des jeunes ayant le look des cités, se baladant en groupe et se chauffant les uns les autres. Le Syndicat national des entreprises gaies (SNEG) installé rue Beaubourg est moins affirmatif : « Il y a des actes homophobes partout en France, pas seulement à Paris. En avril, Strasbourg, Orléans, Marseille et Perpignan ont été touchés. Les agressions verbales pendant les défilés antiPacs étaient proférées par des adultes en loden et non par des jeunes en sweat-shirt à capuche ». Au fil des conversations, différentes altercations sont évoquées, un libraire confie : « On en parle moins mais les relations sont également difficiles avec les associations de quartier, on m’a envoyé la police pour retirer d’une vitrine un livre jugé trop suggestif ». Un habitant précise : « Ceux qui habitaient le quartier avant nous ne se privent pas de nous faire des réflexions ». Cependant tous les habitants et commerçants rencontrés tiennent à préciser que leur clientèle est de plus en « mélangée », ils soulignent que la tolérance à leur égard augmente globalement. Pourquoi alors les agressions persistent-elles ? Le SNEG tente une explication : « On a l’impression d’assister à une recrudescence d’actes homophobes car les langues se sont déliées, les plaintes sont désormais consignées au commissariat. Par ailleurs, une nouvelle idée reçue s’est répandue, celle qu’un homo est forcément un nanti, donc bon à braquer alors qu’il y a de tout y compris des RMIstes ». Enfin, des critères encore plus pragmatiques sont évoqués, un renforcement de la surveillance dans le quartier des Halles peut déplacer les trouble-fêtes vers le Marais, de même que l’ouverture tardive d’une épicerie vendant de l’alcool, prohibé par arrêté préfectoral quelques rues plus loin. Le vendeur de vêtements conclue : « Notre communauté vit dans un quartier protégé mais ce n’est qu’une illusion agréable ». A l’extérieur, ce n’est pas aussi rose.