Vite planter, bien camper

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C’est le grand succès de l’été. La tente « 2 secondes » de Quechua (filiale de Décathlon) a envahi les campings de France et probablement de Navarre (on n’est pas allé vérifier). Apparue en juin 2005, elle avait déjà cartonné l’an passé. Mais cet été, le bouche à oreille et une campagne de pub accentuée ont encore accru le phénomène. « On n’avait jamais vu un tel succès », se réjouit Décathlon. Son principe est simple. Oubliés les piquets tordus, sardines qui ne s’enfoncent pas et autres arceaux brisés. A présent on jette un cercle de toile en l’air et hop, en moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire, la tente est montée. Pratique quand on arrive en pleine nuit, qu’on n’a pas envie de faire des efforts physiques sous le cagnard ou qu’on est juste flemmard, trait de caractère assez répandu en période de vacances. « A chaque fois que je partais une semaine camper avec un panel de testeurs, il y en avaient qui me disaient rêver d’une tente qui se monterait toute seule, révèle Jean-François Ratel, chef du produit. Au début, ça me paraissait inconcevable. Les modèles du genre qui existaient n’étaient pas de vraies tentes. Trop petites, avec un mono-toit, une seule couche de tissu, et susceptibles de s’envoler au moindre coup de vent. Et puis un jour, j’ai eu le déclic en voyant quelqu’un faire le geste de lancer. » Jean-François Ratel réfléchit : une armature solide, un double tissu, un double toit : et si ma tente en avait ? Elle remporterait un formidable succès. Un ingénieur, un designer et un prototypiste en sont eux aussi vite convaincus. Sauf que, défi supplémentaire, le chef de produit exige qu’elle coûte au final moins de 50 euros. Tipi, se disent les concepteurs un peu désarçonnés : qui ne tente rien n’a rien. « Idée après idée, engueulade après engueulade, on a avancé jusqu’à ce qu’au bout d’un an, l’ingénieur trouve une astuce toute bête qui a fait déclic ». Laquelle ? Impossible de le révéler, brevet oblige. Decathlon campe sur sa position et se refuse même à communiquer le nombre de tentes vendues, espérant ainsi ne pas susciter trop d’« envies de copier ». Comme si les concurrents n’avaient pas remarqué le succès… Decathlon a d’ailleurs déjà intenté plusieurs actions en justice pour contrefaçon. « Un grand succès pour une tente, ce sont 30 000 ventes par an en France, consent toutefois à lâcher Jean-François Ratel. Et nous on a fait bien mieux qu’un grand succès. On la vend 2,5 fois plus que nos meilleures tentes ». Bien sûr, tout n’est pas parfait. Quechua n’est pas parvenu à réaliser un dessin permettant d’expliquer comment replier la tente. Il a fallu mettre au point une vidéo, qui a très vite circulé sur le net. « Ca ne peut pas s’inventer. Mais une fois qu’on vous a montré, c’est bon. Et cela ne prend plus que 15 secondes pour la replier », selon Quechua. Autre inconvénient, la transporter : « Elle n’est pas adaptée pour les randonneurs à pied qui n’ont pas de voiture. On a l’impression qu’ils se trimballent une parabole sur le dos, avoue Jean-François Ratel. Il vaut mieux qu’ils se tournent vers les tentes légères et ultra-compactes, sinon ils seront déçus. » Victime de son succès, la tente pré-montée n’empêche pas de se planter.

Michaël Hajdenberg

* les tentes Seconds Quechua, en vente dans tous les magasins Decathlon, à partir de 39 euros.