« On peut parier sur un effet inhibant »

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Trois questions à Georges Fenech, député UMP, auteur d’un rapport en 2005 sur la mise en place du bracelet électronique mobile

Quels sont les avantages, selon vous, du bracelet électronique mobile ?

C’est un formidable moyen de lutter contre la récidive tout en évitant l’incarcération. Le juge d’application des peines pourra s’assurer que le condamné ne fréquente pas des lieux criminogènes pour lui. C’est aussi un outil de réinsertion sociale car le condamné pourra sortir de chez lui, avoir une activité, maintenir des liens familiaux... Mais il ne faut pas tromper l’opinion, cela ne va pas régler tous les problèmes de la récidive. On peut toutefois parier sur l’effet inhibant de ce bracelet. La personne placée sous surveillance saura qu’elle pourra être localisée sur les lieux d’un crime. En Floride, où ce système a été mis en place dès 1998, les statistiques ont montré une baisse de la récidive.

Quelles en sont les limites ?

Ça ne peut s’adresser qu’à une personnalité suffisamment structurée car il s’agit d’un système interactif et complexe. Il faut aussi le consentement de l’intéressé, cela suppose une volonté de participer, de s’approprier le matériel. C’est aussi un système qui est lourd pour l’individu, comme s’il avait des barreaux dans la tête. Les contraintes physiques et morales sont importantes et au bout de quelques mois, le bracelet devient dur à supporter. Il doit donc être limité dans le temps. En tout cas, le coût n’est pas un obstacle. Aux Etats-Unis, il est de 9$ par jour alors qu’une journée prison en France coûte 60 €.

S’agit-il d’une double peine ?

Non, en aucun cas il ne s’agit d’astreindre le condamné à une nouvelle contrainte. Cette mesure de surveillance s’applique dans le cadre d’une peine de suivi socio-judiciaire prononcée par une cour d’assises, dans le cadre d’une libération conditionnelle ou d’une mesure de surveillance judiciaire. Bref, ce n’est pas une peine administrative, c’est un outil technique qui prend en compte un état de dangerosité d’une personne et qui comble un vide dans le suivi des détenus.

Recueilli par David Carzon