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DETENTIONSur Snapchat, un compte proposait de livrer les détenus par drones

Prison : Téléphones, drogue… Sur Snapchat, un compte proposait de livrer les détenus par drones

DETENTIONDans la nuit du 8 au 9 janvier 2023, les surveillants de la prison d’Uzerche, en Corrèze, repèrent un colis en train d’être livré par drone. Commence alors une vaste enquête
Des colis ont été livrés par drone dans au moins une quinzaine d'établissement pénitentiaire - ici, à Uzerche, où a démarré l'enquête - et en Belgique.
Des colis ont été livrés par drone dans au moins une quinzaine d'établissement pénitentiaire - ici, à Uzerche, où a démarré l'enquête - et en Belgique.  -  Pascal Lachenaud / AFP
Caroline Politi

Caroline Politi

L'essentiel

  • Le compte « Drone2France », aujourd’hui démantelé, proposait de livrer les détenus – de la drogue et des smarphones le plus souvent – par drones.
  • Un vaste coup de filet a été mené en début de semaine. Trois personnes ont été mises en examen et écrouées. Une quatrième, déjà détenue pour une autre affaire, a également été mise en examen.
  • Les gendarmes de la section de recherche de Limoges sont parvenus à démontrer qu’entre octobre 2022 et avril 2023, le chiffre d’affaires du groupe criminel avoisinerait les 160.000 euros.

450 euros le colis. Quatre colis minimum pour que l’équipe se déplace à proximité d’une maison d’arrêt. Telles étaient les règles édictées par le compte Snapchat « Drone2France » – aujourd’hui démantelé –, qui proposait de livrer les détenus en prison grâce à des drones. Dans les colis, de la drogue ou des smartphones le plus souvent. Un vaste coup de filet, nécessitant l’intervention de près de 80 gendarmes, a été mené en début de semaine en région parisienne et dans les Hauts-de-France. Huit personnes ont été interpellées. Jeudi, trois d’entre elles – parmi lesquels un couple – ont été mises en examen, notamment pour trafic de stupéfiants, remise illicite d’objets à détenus, blanchiment… et placés en détention provisoire, a indiqué le parquet de Tulle. Une quatrième, déjà incarcérée à Toulouse, a également été mise en examen dans ce dossier.

« Ils avaient mis en place une sorte d’Uber pour les prisons », résume le lieutenant-colonel Denis Dempuré, à la tête de la section de recherche de Limoges, qui a mené les investigations avec la brigade de Brive-la-Gaillarde. Tout commence au début du mois de janvier, lorsque les gardiens de la maison d’arrêt d’Uzerche, en Corrèze, repèrent un colis accroché à un drone qui atterrit au sein de l’établissement. Surtout, ils parviennent à identifier le détenu qui l’a commandé. Une perquisition est menée dans sa cellule : non seulement, le paquet contenant plusieurs smartphones et des stupéfiants est retrouvé, mais ils saisissent également un autre téléphone dont se servait déjà le suspect.

Des livraisons jusqu’en Belgique

L’exploitation technique du téléphone permet de découvrir que l’individu a passé commande via une application Snapchat qui s’est spécialisée dans ce « commerce ». Ils proposent des livraisons dans toute la France. Fresnes, Epinal, Châteauroux, Tarascon, Metz… Les auteurs de ce compte ont livré des colis dans au moins une quinzaine d’établissements pénitentiaire en France. « On s’est également rendu compte qu’ils opéraient des livraisons en Belgique », précise le lieutenant-colonel Denis Dempuré.

Lorsqu’une commande était passée, les drones étaient acheminés à proximité de l’établissement – dans un périmètre d’environ un ou deux kilomètres – et des proches des détenus – complices, amis, famille – leur confiaient le ou les produits à envoyer. Les colis étaient ensuite livrés soit dans la cour de l’établissement, soit, le plus généralement, directement à la fenêtre de celui qui avait passé commande.

Un chiffre d’affaires de 160.000 euros en quelques mois

« Ce qui est surprenant, c’est qu’ils se présentaient vraiment comme un prestataire de services », précise le gendarme. Sur leur compte, ils proposent parfois des promotions, font de la publicité… L’enquête a permis de démontrer qu’entre octobre 2022 et avril 2023, le chiffre d’affaires avoisine les 160.000 euros. « Ça, c’est qu’on a pu démontrer », insiste le lieutenant-colonel, sous-entendant que le montant pourrait être supérieur. Pendant presque un an, quatre de ses agents ont travaillé à temps plein sur ce dossier pour identifier les auteurs.

Le couple cité plus haut, installé dans les Hauts-de-France, est soupçonné d’être à la tête du réseau. Plusieurs complices se trouveraient en Ile-de-France. Selon nos informations, tous sont très défavorablement connus des services de police, multirécidivistes, notamment pour trafic de drogue. L’une des têtes du réseau sortait tout juste d’un an de détention provisoire pour trafic de drogue lorsque le compte a été lancé. Lors des perquisitions, les gendarmes n’ont retrouvé « que » deux drones, quelques trackers de drones et 2,3 kg de cannabis. Deux voitures de luxe et de la maroquinerie ont également été saisies. « On ne s’attendait pas à trouver grand-chose car on peine encore à identifier comment était utilisé l’argent rapporté par ce trafic », confie Denis Dempuré. Les investigations se poursuivent.

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