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FEUX D’ArtificeLes mortiers d’artifice, l'« arme » incontournable des violences urbaines

Mort de Nahel : Les mortiers d’artifice, une « arme » omniprésente lors des violences urbaines

FEUX D’ArtificeDepuis une douzaine d’années, les épisodes de violences urbaines, à l’instar de celui provoqué par la mort de Nahel, sont marqués par l’usage de ces mortiers d’artifice
Des mortiers d'artifice lors des violences urbaines liées à la mort de Nahel.
Des mortiers d'artifice lors des violences urbaines liées à la mort de Nahel. - Christophe Ena / Sipa
Caroline Politi

Caroline Politi

L'essentiel

  • L'usage des mortiers d'artifice n'est pas propre aux violences urbaines engendrées par la mort de Nahel, mais il illustre leur démocratisation.
  • Lancés à l’horizontal, ces engins à la composition très simple – un tube en carton ou en métal et une faible charge explosive – peuvent atteindre une vitesse de 100 km/h et se transformer en armes par destination.
  • La législation a été renforcée, mais les trafics prospèrent.

EDIT : Avant la fête nationale du 14-Juillet, et dans un contexte sécuritaire sensible, l'utilisation de mortiers d'artifice est crainte par les autorités. De nombreuses mairies ont d'ailleurs annulé leur traditionnel feu d'artifice pour cette raison. Nous vous proposons de relire notre article, publié dans les jours ayant suivi la mort du jeune Nahel à Nanterre.

De Nanterre à Marseille, de Rouen à Lyon, on ne voit finalement qu’eux sur les images : ces feux d’artifice qui colorent des nuits de tension. Certains visent des bâtiments publics ou des équipages de police, d’autres sont simplement lancés en pleine rue. Certes, l’usage de ces mortiers d’artifice (à ne pas confondre avec les armes de guerre que sont les mortiers) n’est pas propre aux violences liées à la mort, mardi à Nanterre, de Nahel mais illustre leur démocratisation depuis une décennie.

Lancés à l’horizontal, ces engins à la composition très simple – un tube en carton ou en métal et une faible charge explosive – peuvent atteindre une vitesse de 100 km/h et se transformer en armes par destination, occasionnant des dégradations, des incendies, mais également des blessures, voire des décès.

« Maintenant, c’est toute l’année »

« Au moment de l’affaire Zyed et Bouna, en 2005, il n’y avait pas de mortiers d’artifice. Les émeutiers utilisaient essentiellement de l’essence et fabriquaient des cocktails molotov », rappelle Thomas Sauvadet, chercheur à l’université Paris-Est Créteil et spécialiste des violences urbaines. Ces engins apparaissent dans les rues dans les années 1990. « A cette époque, ils étaient surtout employés autour du 14-Juillet et du Nouvel an, précise Thierry Clair, secrétaire général adjoint d’Unsa Police. Cela pouvait déjà être violent, dirigé contre les forces de l’ordre, mais c’était concentré sur quelques jours. Maintenant, c’est toute l’année. »

De l’avis de nombreux policiers, les années 2010 marquent un tournant, et ces engins s’imposent peu à peu dans la rue. « Aujourd’hui, dès qu’on est confronté à des violences urbaines, on est quasiment sûr qu’il y aura des mortiers d’artifice », abonde une source policière. Cette popularité s’explique notamment par leur aspect très visuel. « Ces mortiers ne sont pas utilisés que contre les policiers, note Thierry Clair. Certaines bandes s’en servent pour marquer leur territoire - il y a le son et la lumière - ou dans les affrontements avec une autre bande. » Ces engins sont également rendus populaires par la viralité de certaines vidéos. Sur les réseaux sociaux, des « chaînes », notamment sur Telegram ou Snapchat, ressemblent presque à un concours de feux d’artifice illégaux.

Une législation déjà renforcée

Pour tenter d’endiguer le phénomène, Emmanuel Macron a demandé ce vendredi la prise systématique d’arrêtés « d’interdiction de vente et de transport de mortiers ». Théoriquement, ils sont interdits aux moins de 18 ans et ne peuvent être vendus qu’aux personnes titulaires d’un certificat de formation ou d’une habilitation. La réglementation en la matière a été renforcée en 2021 par la loi dite « Sécurité globale ». Désormais, l’achat, la détention, l’utilisation et la vente de mortiers d’artifice à des non-professionnels sont punis par des peines allant jusqu’à six mois d’emprisonnement et 7.500 euros d’amende. Le double si cela se déroule sur Internet.

« La transformation de cette contravention en délit a plutôt eu un effet sur les magasins qui ont pignon sur rue, pas vraiment sur Internet », déplore Thierry Clair. Sur les réseaux sociaux, le trafic prospère. On trouve par exemple en quelques clics des chaînes Telegram qui proposent ces mortiers à la vente. Le principe est le même que pour « Ubershit » : sur ces boucles, le vendeur livre en main propre, parfois par La Poste. Le succès est tel ces derniers jours, et à l’approche du 14-Juillet, que plusieurs sont à sec. « Beaucoup trop de messages, tout revient mardi, il n’y a plus de stocks », écrit une de ces chaînes. Prix de vente sur celle-ci : 10 euros la pièce, 240 euros le carton de 30.

Le mortier, arme visible mais pas unique

Pour autant, si ces engins sont particulièrement visibles, ce sont loin d’être les seules armes utilisées. Parmi les 249 policiers blessés dans la nuit de jeudi à vendredi, beaucoup l’ont été par des jets de projectiles : pavés, morceaux de goudron, boules de pétanque. « Lorsqu’on fait des visites de toits d’immeubles avec des bailleurs sociaux, il n’est pas rare de découvrir tout un tas de projectiles prêt à l’emploi. Une boule de pétanque qui tombe de six étages, ça fait beaucoup de dégâts, même avec un casque », assure le syndicaliste.

Quelques équipages ont par ailleurs fait état la nuit dernière de jets de cocktails molotov. Emmanuel Macron a d’ailleurs demandé aux préfets d’interdire la vente et le transport de bidons d’essence, d’acides et de produits inflammables. Cela suffira-t-il à ramener le calme ?

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