Pas-de-Calais : Après l’assassinat d’un inspecteur des impôts, « la tension est retombée » à Bullecourt

CRIME Deux semaines après l’assassinat d’un agent du fisc à Bullecourt, le village cherche à comprendre et à retrouver le calme

A Bullecourt, Gilles Durand
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Scellés qui barricadent l'entrée du corps de ferme où a eu lieu l'assassinat d'un inspecter des impôts, le 21 novembre 2022, à Bullecourt, dans le Pas-de-Calais.
Scellés qui barricadent l'entrée du corps de ferme où a eu lieu l'assassinat d'un inspecter des impôts, le 21 novembre 2022, à Bullecourt, dans le Pas-de-Calais. — G. Durand
  • A Bullecourt, dans le Pas-de-Calais, l’assassinat d’un inspecteur des impôts, le 21 novembre, semble déjà faire partie du passé.
  • Pourtant, deux semaines après le drame, l’ombre de ce crime plane encore parmi les 250 habitants.
  • D’autant que les circonstances exactes restent encore un peu floues.

« La tension est retombée, on n’en parle déjà plus dans le village. » A Bullecourt, dans le Pas-de-Calais, l’assassinat d’un inspecteur des impôts, le 21 novembre, semble faire partie du passé, à en croire la secrétaire de mairie, lors de sa permanence du lundi midi. Pourtant, deux semaines après le drame, l’ombre de ce crime plane encore parmi les 250 habitants. D’autant que les circonstances exactes restent encore un peu floues.

Le procureur d’Arras avait expliqué, le lendemain des faits, que la victime, Ludovic M. s’était présenté avec une collègue des impôts, en début d’après-midi, au domicile de Sandy T., un auto-entrepreneur spécialiste du vide-grenier. Le contrôle fiscal s’était terminé dans un bain de sang.

« On croirait un scénario de film »

Alertés par l’épouse du brocanteur, les gendarmes avaient retrouvé l’inspectrice « ligotée sur une chaise » à l’aide de colliers de serrage, le corps de l’autre fonctionnaire, Ludovic M., tué de « plusieurs coups de couteau au dos et au thorax » et, enfin, celui de Sandy T. qui semblait s’être donné la mort avec une arme à feu. Une enquête pour « assassinat » a été ouverte.

« On croirait un scénario de film. Jamais on n’aurait pu imaginer ça ici », s’inquiète Chantal, une quinquagénaire. Ecrire que Bullecourt est une commune sans histoire serait mentir. Les faits divers y sont rares, mais il y a un peu plus d’un siècle, le village a été le théâtre d’une des plus sanglantes batailles de la Première Guerre mondiale. Quinze à vingt mille soldats y ont perdu la vie en l’espace de quelques jours, en avril et mai 1917. Un mémorial australien en a figé la trace.

Et les nouvelles traversant la planète à la vitesse des réseaux sociaux, le récit du récent drame est ainsi parvenu jusqu’en Australie. « Un habitant a reçu un message d’amis australiens qui lui parlaient de ça », raconte Sylvie, la gérante du café baptisé Le Canberra. « C’est malheureux, cette affaire. Mais depuis, on ne sait plus rien et les gens d’ici n’en parlent plus », assure-t-elle.

« C’est bizarre de passer à la télé comme ça »

Rien à voir avec l’effervescence du lendemain du crime. « On a vu passer beaucoup de journalistes. On a même eu des Belges en fin d’après-midi, se souvient-elle. C’est bizarre de passer à la télé comme ça. » Car jusqu’alors, le village n’était médiatisé que lors des cérémonies du souvenir, chaque 25 avril, pour Anzac Day, date de la fête nationale australienne.


Le corps de ferme où l'assassinat d'un agent du fisc a eu lieu, le 21 novembre 2022, à Bullecourt, dans le Pas-de-Calais.
Le corps de ferme où l'assassinat d'un agent du fisc a eu lieu, le 21 novembre 2022, à Bullecourt, dans le Pas-de-Calais. - G. Durand

Alors aujourd’hui, à Bullecourt, c’est surtout la question du pourquoi qui reste d’actualité. Pourquoi un tel acte ? Pourquoi cette violence ? « Tout le monde peut péter un plomb, mais à ce point-là… », s’interroge Chantal. D’autant que le meurtrier n’était pas forcément très connu dans la commune. Il y résidait depuis seulement quatre ou cinq ans, après avoir racheté la plus grande ferme de Bullecourt.

« J’en ai rêvé plusieurs fois »

Tout juste apprend-on qu’il a fait partie, un temps, du comité des fêtes. Quinze jours avant le drame, un agriculteur, qui souhaite garder l’anonymat, raconte avoir discuté avec lui de ses soucis financiers avec le fisc. Mais sans entrer dans les détails. « C’était un gars généreux, toujours prêt à aider », témoigne-t-il. Un autre villageois se souvient, au contraire, d’un voisin irascible, capable d’insulter un adjoint au maire dans des discussions houleuses.

« Est-ce qu’on saura un jour exactement ce qu’il s’est passé ? », demande un retraité qui avoue avoir été profondément marqué par l’événement. « J’en ai rêvé plusieurs fois », glisse-t-il. A l’école, deux enfants ont dû avoir recours à un psychologue, apprend-on à la mairie. Oublier. Passer à autre chose. Reprendre une vie normale. Comme un cauchemar qui se dissipe peu à peu. « J’espère que le village ne va pas rester marqué par ça », estime Chantal.

Le 23 octobre, la tornade qui dévastait les villages voisins de Bihucourt et Hendecourt avait miraculeusement épargné Bullecourt. Les habitants étaient loin d’imaginer qu’un mois plus tard, une autre tempête allait s’abattre.