Un homme s’est introduit à l’Elysée… Comment le Palais est-il sécurisé ?

PORTE OUVERTE Un homme s’est introduit, fin septembre, à l’Elysée. Si aucune mauvaise intention n’a été décelée dans son geste, il amène à s'interroger sur la sécurisation du palais présidentiel

Caroline Politi
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Un intrus s'est introduit à l'Elysée au mois de septembre
Un intrus s'est introduit à l'Elysée au mois de septembre — Ludovic MARIN
  • Le 28 septembre, un homme de 27 ans s’est introduit à l’Elysée pour rencontrer Emmanuel Macron, révèle Le Canard Enchaîné.
  • L’enquête a été classée sans suite, mais l’affaire amène à s'interroger sur la sécurisation du palais présidentiel.
  • En 2019, une réforme a totalement repensé la sécurisation présidentielle.

L’« incident » a été traité avec la plus grande discrétion par le palais présidentiel. Le 28 septembre, alors qu’Emmanuel Macron présidait un conseil de sécurité, un individu a été interpellé après s’être introduit illégalement dans l’Elysée, a révélé mercredi Le Canard Enchaîné. Aux policiers qui l’ont interrogé, l’homme, âgé de 27 ans, inconnu des services de police, a expliqué avoir agi en toute « bonne foi », affirmant ne pas avoir pris conscience qu’il commettait un délit. Selon son récit, consigné dans un procès-verbal que 20 Minutes a pu consulter, ce diplômé d’un double master, actuellement au chômage, souhaitait rencontrer le président pour lui montrer ses « qualités humaines », espérant ainsi décrocher un emploi.

L’anecdote prête à sourire, mais la simplicité avec laquelle il explique s’être introduit dans le bâtiment inquiète. Il indique, en effet, être entré par une porte annexe sans tenter de se cacher, en suivant simplement deux personnes habillées en civil. Il croise un gendarme, mais celui-ci ne lui aurait demandé aucun justificatif. « Il y a eu un malentendu, précise une source bien informée. Il y a, semble-t-il, eu une confusion avec des ouvriers qui revenaient de pause. » Après avoir traversé la cour d’honneur – et croisé des gardes républicains – le jeune homme se dirige vers le vestibule et explique à un huissier qu’il cherche à rencontrer le président. C’est à ce moment-là que l’alerte est donnée. « Il y a fort à parier qu’il aurait été rapidement interpellé même s’il n’avait pas posé de question », relativise Alain Le Caro, fondateur du groupement de sécurité de la présidence de la République.



« Différentes strates » de sécurisation

Si l’enquête ouverte par le parquet de Paris a rapidement été classée sans suite, l’Élysée affirme avoir « renforcé les mesures de contrôle aux entrées et la répartition des flux piétons » depuis cette intrusion. La question de la sécurisation est d’autant plus sensible qu’elle a fait l’objet d’une réforme en 2019, avec la création d’une direction de la sécurité de la présidence de la République. Désormais, sont regroupées sous un commandement unique la protection du président, la sécurité des bâtiments et la logistique. Au total, quelque 290 agents y travaillent. « En fait c’est bien plus, car ces chiffres ne prennent pas en compte les policiers autour », souffle une source militaire.

Car la sécurisation d’un bâtiment comme l’Elysée s’effectue en premier lieu à l’échelle du quartier. Depuis l’élection d’Emmanuel Macron, la circulation des véhicules est interdite dans les rues autour du palais, et celle des piétons, prohibée la nuit, voire en journée lors des conseils des ministres ou de défense. Les policiers de la préfecture de Police sont chargés d’organiser les contrôles aux abords du bâtiment. « Il faut penser la sécurité du président comme un millefeuille avec différentes strates, explique Alain Le Caro. C’est ainsi qu’on comble les trous dans la raquette. S’il y a une défaillance à un niveau, le niveau d’après comble le manquement. »

La bulle présidentielle

Aux portes de l’Elysée, c’est un second niveau de protection qui s’applique, orchestré cette fois par les gendarmes de la Garde républicaine. Les militaires, en tenue d’apparat, contrôlent les allées et venues aux différents points d’accès, tandis que les huissiers – également gendarmes – ont pour rôle d’accueillir les visiteurs et de les amener jusqu’à la personne avec qui ils ont rendez-vous, que ce soit le président ou un simple conseiller. Ce sont eux qui ont donné l’alerte le 28 septembre. « Leur rôle n’est pas seulement d’accompagner untel d’un point A à un point B, mais surtout de s’assurer qu’aucune intrusion n’ait lieu dans le bâtiment, précise Alain Le Caro. C’est encore plus vrai lorsqu’il y a des travaux ou des événements, car le risque d’échange entre l’extérieur et l’intérieur est plus important. »

Depuis 1983, un troisième niveau de protection a été mis en place avec la création du Groupement de sécurité de la présidence de la République (GSPR). Cette fois, la sécurisation n’est pas centrée sur le bâtiment mais sur le président de la République lui-même. Ce groupe, composé de 78 gendarmes – tous des anciens du GIGN – et de policiers, est chargé de la protection rapprochée du chef de l’État. L’essentiel de leurs missions se déroule lors des déplacements du président, mais une équipe resserrée le suit également à l’Elysée, prête à intervenir en cas de danger. Malgré tout, les professionnels s’accordent sur un point : tous ces niveaux de sécurisation réduisent les risques d’intrusion sans l’empêcher formellement. A la Maison-Blanche, par exemple, bâtiment pourtant considéré comme l’un des plus sûrs du monde, des individus ont pu accéder au Bureau ovale.