Nord : A 70 ans, il maquille l’assassinat de son épouse en disparition et empoche sa retraite

feminicide Il aura fallu plusieurs années et deux enquêtes, menées conjointement en France et aux Pays-Bas, pour résoudre le machiavélique assassinat d’une femme par son époux

Mikaël Libert
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Le 18 octobre 2011. MILIPOL, salon mondiale de la securite interieure des etats . Logo Gendarmerie.
Le 18 octobre 2011. MILIPOL, salon mondiale de la securite interieure des etats . Logo Gendarmerie. — V. WARTNER / 20 Minutes
  • Une disparition en France et un meurtre aux Pays-Bas ont été résolus trois ans après les faits.
  • Un septuagénaire avait assassiné son épouse près de Dunkerque avant d’abandonner son corps dans un champ aux Pays-Bas.
  • C’est à la mort du mari que les gendarmes ont constaté la disparition de son épouse et ouvert une enquête.

Le crime n’était pas loin d’être parfait. La mystérieuse disparition d’une femme près de Dunkerque, en juin 2019, et la découverte d’un cadavre à la même période, à Bréda, aux Pays-Bas, ne sont qu’une seule et même affaire, a-t-on appris auprès du parquet de Dunkerque. Une affaire sordide dont le principal suspect n’aura jamais à répondre devant une cour d’assises, ce dernier étant mort avant que les enquêteurs ne découvrent le pot aux roses.

Le scénario imaginé par Michel Hamilière, un homme de 70 ans qui habitait Hoymille, près de Dunkerque, était pour le moins machiavélique. On est en 2019, et le couple qu’il forme avec son épouse, Jocelyne, bat de l’aile, sans compter une situation financière dans le rouge. L’homme échafaude alors un plan qui, selon lui, doit lui permettre de régler tous ses problèmes. Le 22 juin de la même année, Michel Hamilière passe à l’action. Il abat sa femme d’une balle derrière la tête, la déshabille, met le cadavre dans sa voiture et fonce vers les Pays-Bas. Après avoir roulé 1h30, il se débarrasse du corps dans un champ, près d’un canal qui marque la frontière avec la Belgique. Michel Hamilière rentre ensuite tranquillement chez lui pour passer à la suite de son plan.

Il touche sa pension et vend ses biens

A son entourage, pour expliquer la disparition subite de son épouse, il monte un énorme bateau. Il assure que Jocelyne l’a quitté après avoir découvert qu’il entretenait depuis des années une double vie avec une autre femme avec laquelle il a eu un enfant. Une version qui semble convaincre puisque personne ne tente d’entrer en contact avec la disparue. Dans la foulée, Michel Hamilière s’empresse de vendre des biens appartenant à son épouse et au couple pour assainir sa situation financière. Il évite aussi soigneusement de signaler la disparition de celle-ci à l’administration pour continuer de percevoir sa pension de retraite.

Renfloué, le septuagénaire mène cependant une vie fermée et dépourvue de relations sociales pendant un an, jusqu’à ce que le karma se rappelle à lui. En juillet 2020, Michel Hamilière meurt à son domicile de mort naturelle. Comme le veut la procédure dans ces cas-là, les gendarmes se rendent au domicile du défunt pour une enquête de routine. C’est à cette occasion qu’ils vont découvrir la disparition de Jocelyne Hamilière et apprendre de la bouche de la famille l’histoire imaginée par son époux. C'est ainsi qu'une enquête est ouverte pour tenter de localiser la disparue. En vain. Elle s’est comme volatilisée aux yeux du monde et des administrations françaises.

Le lien est fait avec un meurtre aux Pays-Bas

Mais le parquet de Dunkerque ne lâche pas l’affaire et autorise les gendarmes à perquisitionner le domicile du couple. Dans la maison, il ne subsiste aucune trace de l’épouse, exception faite de ses papiers d’identité. Une découverte suspecte, qui remet en cause l’hypothèse d’un départ spontané. Certes, l’examen du téléphone du mari montre qu’il était très mobile, certes, il manquait deux cartouches dans son fusil, mais faute de corps, impossible de relier ces éléments à un éventuel crime.

L’histoire aurait pu s’arrêter là et personne n’aurait su ce qui était arrivé à Jocelyne Hamilière. Jusqu’à ce que tous ces éléments prennent sens, en août 2021, grâce au message diffusé par les gendarmes français sur une plateforme de coopération internationale entre polices. Le lien est fait entre la disparition de Jocelyne Hamilière et la découverte du corps d’une femme, le 22 juin 2019, par la police de Bréda. L’ADN de la victime est celui de l’épouse, celui de son mari est retrouvé sur les liens ayant servi à lui attacher les poignets et les chevilles, le calibre de la balle correspond au fusil du suspect et la vidéosurveillance établit que son véhicule se trouvait, quelques heures avant, à l’endroit où le corps a été découvert.


Devant une cour d’assises, ces éléments accablants auraient certainement conduit Michel Hamilière en prison pour longtemps. Il n’en sera donc rien. Reste que le travail des enquêteurs français et néerlandais a permis de résoudre ce double mystère et de rendre hommage à une défunte dont personne d’autre ne se souciait.