Paris : « Nos aînés sont les cibles privilégiées des vols par ruse »… La mairie lance une campagne de sensibilisation

SECURITE Plus de la moitié des personnes escroquées à domicile en 2021 à Paris sont des personnes de plus de 75 ans

Manon Aublanc
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En 2021, à Paris, environ «un millier» de personnes, «dont près de la moitié avait plus de 75 ans», ont été victimes 
d'escroquerie à leur domicile.
En 2021, à Paris, environ «un millier» de personnes, «dont près de la moitié avait plus de 75 ans», ont été victimes d'escroquerie à leur domicile. — Damien Meyer AFP
  • En 2021, à Paris, environ « un millier » de personnes, « dont près de la moitié avait plus de 75 ans », ont été victimes de vols par ruse à leur domicile.
  • Pour lutter contre cette délinquance, la Ville de Paris et la préfecture de police ont lancé, le 5 juillet, une campagne de sensibilisation.
  • Si cette campagne va « s’inscrire dans la durée », elle est lancée au début de l’été, « quand les personnes âgées sont souvent plus isolées, avec des immeubles vides et des voisins absents ».

Un faux livreur de colis qui veut vous faire payer une taxe inexistante, un faux électricien qui vient vérifier vos branchements, un faux conseiller bancaire qui veut connaître votre numéro de compte après une prétendue opération suspecte… En matière d’escroquerie et de vol, l’imagination n’a pas de limite.

Et dans la majorité des cas, ces escrocs ne choisissent pas leurs victimes au hasard et ciblent tout particulièrement les personnes âgées. Pour lutter contre ce phénomène, la Mairie de Paris et la préfecture de police ont lancé cette semaine une campagne de sensibilisation pour les seniors.

Des vols « à la fausse qualité »

Et pour cause, « nos aînés sont les cibles privilégiées des vols par ruse », explique la préfecture de police de Paris (PP) à 20 Minutes. La capitale comptabilise 170.000 personnes de plus de 75 ans, dont 84.000 vivant seules. Un chiffre qui n’a pas échappé aux malfrats. En 2021, près d'« un millier » de personnes ont été victimes d’escroquerie à domicile en 2021, plus de « la moitié d’entre elles avaient plus de 75 ans », indique la préfecture. Si l’année 2022 n’échappe pas à la règle, avec 358 victimes au 30 juin - en majorité des personnes âgées –, c’est 200 de moins qu’à la même période l’an dernier. « L’année 2021 a été marquée par la crise sanitaire, les personnes âgées étaient encore plus isolées que d’habitude, ça a favorisé cette délinquance, notamment avec les arnaques au Covid », analyse les services de police.

Cette escroquerie, les services de police l’ont surnommé le « phénomène de la taxe Covid ». Les voleurs se présentent au domicile des personnes âgées comme des livreurs. A la livraison du paquet – que la victime n’a évidemment jamais commandé –, ils exigent le règlement d’une taxe spéciale, soi-disant mise en place depuis la crise sanitaire, par carte bleue, pour obtenir le code de l’escroquée. « Ce sont des vols "à la fausse qualité", c’est-à-dire que les voleurs usurpent la fonction de quelqu’un d’autre, un plombier, un livreur, un électricien », décrypte l’adjoint (PS) de la maire de Paris à la sécurité, Nicolas Nordman, à 20 Minutes. « Ils profitent de la crédulité et de l’isolement des personnes âgées pour pouvoir s’introduire chez elles et les voler », ajoute-t-il.

« L’imagination de ces escrocs est sans limite »

Quand on parle de « vol par ruse », on pense évidemment au faux plombier qui prétexte une fuite d’eau pour s’introduire chez sa victime et dérober une carte bleue, de l’argent liquide ou des bijoux. Mais d’autres arnaques existent, comme celle du « voisin qui vient tout juste d’emménager dans l’immeuble et qui s’introduit chez la victime pour soi-disant faire connaissance, avant de voler quelque chose », poursuit Nicolas Nordman. Moins connue, la préfecture de police de Paris a recensé celle de « l’employé parfait ». « La victime sort d’un magasin où elle a fait ses courses. Une personne, disant travailler dans l’établissement, se présente et lui dit que l’opération de paiement n’a pas fonctionné. L’escroc lui présente alors un terminal de paiement électronique (TPE) et lui dit que réintroduire sa carte, récupérant ensuite ses données personnelles », poursuit l’adjoint à la sécurité.

Mairies, commissariats, bailleurs sociaux ou lieux accueillant un public âgé… La Ville de Paris distribue, depuis le 5 juillet, des dépliants avec des messages de prévention et des informations sur les démarches à effectuer après un vol ou une agression. Avec cette campagne, les autorités espèrent rappeler à nos aînés les consignes de vigilance. « L’imagination de ces escrocs est sans limite, il faut que les seniors soient alertés », continue Nicolas Nordman, qui rappelle quelques règles basiques : ne faut jamais ouvrir à quelqu’un qu’on ne connaît pas ou ne jamais donner son numéro de carte bleue.

Et la période estivale n’a pas été choisie au hasard pour le lancement de la campagne, explique la préfecture de police de Paris, qui ajoute tout de même que l’opération a vocation à « s’inscrire dans la durée ». « C’est souvent à cette période que les personnes âgées sont le plus isolées, leurs familles sont parties en vacances, elles ont moins de visites, il y a moins de monde dans leur immeuble ou moins de voisins et souvent les gardiens eux-mêmes sont en congés », ajoute la PP.

Prévention et accompagnement

Mais l’opération ne se limite pas uniquement à la prévention. « L’idée, c’est de pouvoir intervenir à n’importe quel moment, notamment en accompagnant les plus âgées après un vol ou une escroquerie », décrypte Nicolas Nordman, expliquant que les personnes âgées peuvent demander à être accompagnées pour aller porter plainte si elles sont victimes.

« Souvent, c’est un traumatisme psychologique, parfois même physique. Il y a une forme de culpabilité de s’être fait avoir, de ne pas s’être méfié, ce n’est pas toujours simple pour les personnes âgées de porter plainte », poursuit l’adjoint.

Et la Mairie de Paris ne s’arrête pas là avec le renouvellement, cet été, de l’opération « Tranquillité seniors ». « Les personnes âgées peuvent par exemple demander à être accompagnées par des agents de la mairie pour aller retirer de l’argent au distributeur », conclut l’élu.