Nice : Un vaste réseau international de revente de montres de luxe démantelé

PILE POIL Une trentaine de personnes ont été interpellées, soupçonnées d’être impliquées dans un réseau très organisé de revente de montres de luxe volées, notamment dans les Alpes-Maritimes

Mathilde Ceilles
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Des Rolex dans la vitrine d'une bijouterie. Illustration.
Des Rolex dans la vitrine d'une bijouterie. Illustration. — Richard B. Levine - Newscom - Sipa
  • Les forces de l'ordre ont interpellé 33 personnes dans le cadre d'une enquête internationale sur un trafic de montres de luxe volées, notamment dans les Alpes-Maritimes.
  • Le réseau, très organisé, s'appuyait sur des horlogers complices.
  • L'enquête a mis en avant des opérations de blanchiment d'argent de la drogue par l'acquisition de ses montres de luxe.

La semaine dernière, 33 personnes ont été interpellées dans le cadre d’un vaste trafic international de montres de luxe volées principalement dans les Alpes-Maritimes​ et les quartiers touristiques et huppés de plusieurs grandes villes européennes. Les services de la police judiciaire de Nice ont réussi à faire main basse sur « une organisation criminelle de grande envergure, disposant à la fois d’un réseau de voleurs et des moyens permettant d’écouler ce type de marchandise de luxe à grande échelle », selon les déclarations du procureur adjoint en charge de la Jirs à Marseille Patrice Ollivier-Maurel.

Le point de départ de cette enquête, ouverte le 14 octobre, se fonde sur une recrudescence de vols de montre de luxe, constatée par les forces de l’ordre. Des montres « très convoitées par les collectionneurs et amateurs en raison de leur rareté sur le marché et font l’objet d’une spéculation qui se poursuit après la vente, ce qui en fait un investissement tout à la fois lucratif, sûr et confidentiel ».

Volées avec violence

Ce réseau se fonde sur un système qui semble bien rodé, comprenant une tête de réseau, des voleurs, des receleurs, des bijoutiers réparateurs, des banquiers coffreurs et des blanchisseurs. Les montres de luxe étaient régulièrement dérobées en faisant usage de la force, parfois sur commande pour mettre la main sur un modèle particulier, en suivant par exemple directement un acheteur à la sortie d’une bijouterie. « On est essentiellement sur du vol à main armée, de la séquestration ou du vol avec violence », constate Patrice Ollivier-Maurel. Les montres étaient ensuite achetées à moins de 50 % de leurs valeurs, et revendues au prix boutique et même au-delà, après reconditionnement et reconstitution de leurs emballages d’origine.

« Les membres de ce réseau bénéficiaient également de la complicité d’horlogers basés à Nice, Paris, Lyon, Andorre et Anvers, poursuit Patrice Ollivier-Maurel. Les investigations ont également mis en évidence la proximité du réseau avec des narcotrafiquants qui blanchissaient l’argent de la drogue par l’acquisition de montres de luxe. Certains d’entre eux les revendaient sur place à Dubaï et finançaient ainsi l’acquisition de biens immobiliers. »

Un malfaiteur connu au train de vie luxueux

Au cours des différentes interpellations, les forces de l’ordre ont saisi 152 montres de luxe, 137.875 euros, 3 Audi ainsi que 3 kg de cocaïne. Les suspects ont été arrêtés dans les Alpes-Maritimes, en Île-de-France, dans le Rhône, en Corse, à Marseille et à Anvers. Le 24 juin dernier, cinq personnes ont été mises en examen, dont quatre écrouées, pour blanchiment, association de malfaiteurs et recel de vols en bande organisée.

Parmi elle se trouve la tête de ce réseau, un homme âgé de 42 ans arrêté à Nice et issu du milieu du banditisme corso-azuréen. Selon le procureur, il avait été « plusieurs fois condamné pour escroquerie et contrefaçons, entouré de comparses appartenant au banditisme et à la sphère économique. Parallèlement, les investigations ont révélé que le chef de ce réseau menait grand train entre Saint-Laurent-du-Var, Bastia, Marbella et Paris. » Le parquet a par ailleurs requis deux autres mandats de dépôts. Deux mandats d’arrêt internationaux ont été enfin émis à l’encontre de deux suspects belges. Près de 200 policiers français, belges et espagnols ont été mobilisés dans cette affaire.