Rennes : « On n'a jamais vu ça ici »… La violence a-t-elle franchi un cap ?

SECURITE Le quartier de Maurepas est secoué depuis plusieurs jours par une flambée de violence. Après le meurtre au couteau d’un homme de 28 ans, des policiers ont été visés par une rafale de tirs à l’arme automatique vendredi

Jérôme Gicquel
— 
Depuis plusieurs jours, la présence policière a été renforcée dans le quartier de Maurepas à Rennes.
Depuis plusieurs jours, la présence policière a été renforcée dans le quartier de Maurepas à Rennes. — C. Allain / APEI / 20 Minutes
  • Le quartier de Maurepas à Rennes est le théâtre de scènes d’une extrême violence depuis quelques jours.
  • Cette flambée de violence relance la question de la sécurité dans une ville qui a longtemps été épargnée par les règlements de comptes violents.
  • Mais selon les syndicats de policiers, un cap aurait été franchi ces dernières années même si les autorités se montrent plutôt rassurantes.

Un quartier pris dans la spirale de la violence. A Maurepas, quartier populaire situé au nord de Rennes, la tension est à son comble. Depuis deux semaines, ses allées sont le théâtre de scènes d’une extrême violence qui ont plongé ses habitants dans l’angoisse et la peur. Le 13 juin, un homme de 28 ans y a perdu la vie après avoir été poignardé en plein cœur. Un drame survenu quelques heures seulement après une autre agression au couteau dans le quartier où un appartement a également été criblé de balles. Vendredi, ce sont cette fois des policiers qui ont été ciblés en plein après-midi. Alors qu’ils patrouillaient à vélo à proximité d’un point de deal où des coups de feu venaient d’éclater, les trois agents ont été visés par une rafale de tirs à l’arme automatique.

Par miracle, aucun d’entre eux n’a été blessé, les trois agents ayant eu le réflexe de se jeter au sol pour se protéger. Dénonçant « des faits d’une particulière gravité », le procureur de la République de Rennes a annoncé l’ouverture d’une information judiciaire pour tentative de meurtre sur personnes dépositaires de l’autorité publique. Des renforts ont également été déployés dans le quartier avec la mise sur pied d’une cellule spécifique de douze enquêteurs de la police judiciaire.

Une ville plutôt sûre selon les autorités

Dans la capitale bretonne, déjà marquée par une fusillade mortelle en mars 2021 à Cleunay et par une succession de règlements de comptes au premier semestre 2020, cette flambée de violence vient relancer la question de la sécurité en ville. Pour beaucoup d’habitants, la situation se serait en effet fortement dégradée. Fantasme ou réalité ? Si l’on se fie aux chiffres publiés chaque année, à manier toutefois avec prudence, la délinquance a augmenté mais n’a pas explosé ces dernières années dans la capitale bretonne.

La situation y est même « globalement plus favorable que dans d’autres agglomérations comparables », selon le procureur Philippe Astruc. Directeur départemental de la sécurité publique, Luca Togni partage aussi cet avis d’une ville plutôt sûre. « Il peut y avoir chaque année des épisodes violents avec des échanges de coups de feu mais ce n’est pas la norme, assure-t-il. La police contrôle la situation et va partout, il n’y a pas de zone de non-droit. »

« Éviter que Rennes ne bascule »

Du côté des syndicats policiers, le discours est bien sûr plus alarmiste. « On a jamais vu ça à Rennes, la ville est en train de basculer dans une violence extrême », alerte David Leveau, secrétaire régional du syndicat SGP Police. Selon lui, une guerre de territoires s’est installée dans les quartiers pour le trafic de drogue et elle sera dure à enrayer. « On essaye d’occuper au mieux le terrain pour gêner les trafiquants mais on manque d’effectifs, souligne-t-il. On a, en plus, désormais affaire à de très jeunes délinquants qui n’hésitent plus à tirer. »

Une montée dans le degré de violence que confirme Frédéric Galllet du syndicat de police Alliance. « Beaucoup de policiers étaient en poste avant en région parisienne et ils ne s’attendaient pas à ça en débarquant à Rennes », souligne-t-il, ulcéré par les propositions de certains politiques. « Plus c’est violent dehors et plus on veut nous désarmer, dénonce-t-il. Alors qu’on devrait au contraire s’adapter à cette montée de la violence ».

Philippe Astruc ne nie pas non plus cette réalité. Mais pour lui, elle n’est pas propre à Rennes. « Il y a désormais dans la société un recours désinhibé aux armes à feu et aux couteaux », souligne-t-il, affichant un discours de fermeté à l’encontre des délinquants. « La pire des réponses, c’est l’impunité, poursuit le procureur. Plus on élucide et on apporte des réponses pénales adaptées et plus on lutte contre ce phénomène. C’est en tout cas ma stratégie pour éviter que Rennes ne bascule ».