Paris : Ce que l'on sait de l'agression mortelle d'un vigile de l'ambassade du Qatar, tué devant les policiers

ENQUETE Intervenus rapidement, les policiers ont dû attendre de recevoir l’accord écrit des représentants de l’ambassade du Qatar pour rentrer dans les lieux et interpeller le suspect

Thibaut Chevillard
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Une enquête a été ouverte, confiée à la brigade criminelle de la police judiciaire
Une enquête a été ouverte, confiée à la brigade criminelle de la police judiciaire — EMMANUEL DUNAND / AFP
  • Un vigile travaillant pour l’ambassade du Qatar à Paris a été tué ce lundi matin. Un suspect, âgé de 38 ans, a été interpellé. Souffrant de troubles psychiatriques, il a été interné.
  • Les policiers, qui sont intervenus rapidement, ont dû attendre de recevoir une autorisation écrite de l’ambassadeur ou de son représentant pour rentrer dans l’enceinte consulaire et interpeller le suspect.
  • Pendant près d’une heure, ce dernier a frappé sa victime devant eux, sans qu’ils ne puissent intervenir.

Pendant près d’une heure, la victime a été rouée de coups, à quelques mètres des policiers qui ne pouvaient intervenir. Lorsque les agents ont enfin reçu l’autorisation de rentrer dans l’ambassade du Qatar, à Paris, ce lundi, à 7h28, il était déjà trop tard. La victime, un vigile qui se trouvait à l’intérieur de l’enceinte consulaire, était décédée, malgré l’intervention des pompiers.

Le suspect, un homme de 38 ans, a été interpellé deux minutes plus tard et placé en garde à vue, avant d’être admis à l’infirmerie psychiatrique de la préfecture de police. Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour homicide volontaire, confiée à la brigade criminelle de la police judiciaire.

Que s’est-il passé ?

Selon nos informations, c’est une femme de ménage de l’ambassade qui a donné l’alerte au petit matin. Vers 6h20, alors qu’elle remontait du sous-sol, elle a vu deux hommes se disputer. L’un d’eux saisit alors un presse papier et s’en sert pour frapper l’autre, un vigile qui travaille à l’ambassade. Puis son agresseur se met à le frapper à coups de poings au visage, avant de l’étrangler. Rapidement, un équipage de police se rend sur place, avenue de Friedland, dans le 8e arrondissement de Paris.

Arrivés sur les lieux les policiers aperçoivent cet homme de forte corpulence, le crane rasé, porteur d’un polo blanc avec des rayures, tâché de sang. Il continue de frapper sa victime, en hurlant en langue arabe et en pointant le doigt vers le ciel. Les fonctionnaires qui ne peuvent pas intervenir se contentent de lui demander d’arrêter. Sans succès.

Pourquoi les policiers ne pouvaient pas agir ?

Une ambassade bénéficie d'une garantie d'inviolabilité. A ce titre, les policiers ne peuvent intervenir à l’intérieur sans autorisation écrite de l’ambassadeur ou de son représentant. Vers 6h45, un agent consulaire s’est présenté aux agents après avoir alerté le numéro 2 de l’ambassade. Ce dernier arrive sur place cinq minutes plus tard. Alors que le suspect continue de s’acharner sur sa victime, les policiers demandent au diplomate de faire une réquisition écrite. Ce qu’il fera vers 7h05. Ce document doit ensuite être transmis à la salle de commandement de la préfecture de police. Mais selon une source policière, la communication de ce document a été « compliquée ». Finalement, ils obtiennent l’autorisation d’intervenir à 7h28.

Qui est le suspect ?

Pendant près d’une heure, le suspect a frappé sa victime devant les policiers qu’il menaçait. « Si vous rentrez, vous ne ressortirez pas vivant », leur a-t-il lancé. Il a également indiqué agir pour « venger [ses] frères », sans détailler ce qu’il voulait dire. A l’intérieur de l’ambassade, il fait des allers-retours, crie aux fonctionnaires qu’ils n’ont pas le droit de rentrer, hurle à plusieurs reprises « Allah Akbar ». Lorsque les policiers reçoivent enfin l’autorisation de rentrer, il s’est allongé face contre le sol et s’est laissé menotter. Il s’est alors « vanté avec fierté de la mort de la victime », explique une source policière.

Dans les poches de cet homme qui tient des propos décousus, les policiers trouvent un téléphone et une carte d’identité. Elle est au nom d’Ilies S., un homme né en mars 1984 à Elbeuf, en Seine-Maritime. Le suspect était positif à la cocaïne. Placé en garde à vue, il a été examiné par un médecin. Il a finalement été admis à l’infirmerie psychiatrique de la préfecture de police en raison de son état de santé.