Cannes : Une enquête ouverte après le pillage d'une épave de plus de 2.100 ans

SOUS L'EAU La préfecture de la Méditerranée évoque le « saccage d’un site patrimonial majeur » après la découverte d’un pillage sur l’épave du navire Fort Royal 1 au large des Îles de Lérins. Une enquête a été ouverte

Fabien Binacchi
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Des amphores en contact avec la coque du navire
Des amphores en contact avec la coque du navire — P. Soubias / CCJ-CNRS
  • « Bien conservé », le navire Fort Royal 1, découvert en 2017 par 19 m de fond au large de Cannes, devait faire l’objet d’une fouille archéologique.
  • Et « c’est lors du lancement de celle-ci que le constat d’un pillage, important, récent et encore en cours a été fait », précisent les autorités, qui ont ouvert une enquête.

La zone est désormais sanctuarisée, interdite au mouillage et à la navigation. Après la découverte d’un « important pillage » sur une épave datant du IIe s. av. J.-C., au nord des Îles de Lérins, à quelques encablures de Cannes, une enquête a été ouverte par la gendarmerie maritime de Marseille, annonce ce mercredi la préfecture de la Méditerranée. Elle évoque le « saccage d’un site patrimonial majeur ».

L'épave gît à 19m de la surface de l'eau, au nord de l'île Sainte-Marguerite (au centre de l'image) face à Cannes
L'épave gît à 19m de la surface de l'eau, au nord de l'île Sainte-Marguerite (au centre de l'image) face à Cannes - F. Binacchi / ANP / 20 Minutes

« Bien conservé », le navire Fort Royal 1, découvert en 2017 par 19 m de fond, devait faire l’objet d’une fouille archéologique, pendant deux semaines. Et c’est le 19 avril, « lors du lancement de celle-ci que le constat d’un pillage, important, récent et encore en cours a été fait », précisent les autorités. Des outils utilisés par les malfaiteurs ont même été découverts et certains éléments historiques ont déjà été prélevés « en toute illégalité ». « Il y avait des trous, des amphores cassées partout », a décrit Franca Cibecchini, responsable de cette fouille pour le Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (Drassm), interrogée par l’AFP.

Des amphores gréco-italiques dérobées

Des amphores récupérées par les scientifiques
Des amphores récupérées par les scientifiques - P. Soubias / CCJ-CNRS

Les scientifiques avaient prévu d’étudier à la fois la coque en bois et la cargaison de cette embarcation. Lors de sa découverte, l’épave était encore chargée d’amphores gréco-italiques, qui contenaient du vin en provenance de la côte tyrrhénienne et donc certaines ont disparu. Se retrouveront-elles bientôt en vente par le biais d’obscurs réseaux ? La gendarmerie va poursuivre des investigations.

En attendant, « les pertes d’information scientifique et historique sont probablement majeures », regrette la préfecture. « Les pilleurs ne se contentent pas de prélever des objets, le plus souvent de manière organisée et à des fins commerciales, ils détruisent des sites et en rendent l’étude bien plus complexe, voire impossible », déplore-t-elle.

L’histoire maritime hellénistique en question

Selon les spécialistes, l’étude de l’épave Fort Royal 1 pourrait dévoiler une part de l’histoire maritime hellénistique, la période comprise entre la conquête d’Alexandre (331-323 avant J.-C.) et la domination romaine (31 avant J.-C.). Elle serait un éclairage sur l’essor du commerce du vin lors de l’expansion de Rome dans la Méditerranée occidentale.

Pour préserver le site, en plus d’un contrôle de la gendarmerie, deux navires scientifiques du Drassm sont déployés. Des archéologues et des spécialistes de la conservation préventive sont aussi dépêchés sur place. Parallèlement, des enquêteurs vont tenter de retrouver la piste des pilleurs.