Seine-Saint-Denis : Le policier ayant tué un homme lors d’un contrôle placé en garde à vue

ENQUETE Les forces de l'ordre voulaient contrôler la victime qui se trouvait au volant d'une camionnette volée

20 Minutes avec agence
Un agent de police (illustration).
Un agent de police (illustration). — C. Girardon / 20 Minutes

Le policier auteur du tir qui a tué ce samedi un homme de 33 ans lors d'un contrôle à Sevran (Seine-Saint-Denis) a été placé, mercredi, en garde à vue pour « violences volontaires ». Ce décès a provoqué de vives tensions dans plusieurs communes de Seine-Saint-Denis.

N’ayant pu être auditionné plus tôt car il avait été hospitalisé « en état de choc », le fonctionnaire de police a été placé en garde à vue peu après 14 heures par l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), chargée de l’enquête. « A ce stade de l’enquête diligentée par l’IGPN, il est placé en garde à vue du chef de violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner, aggravée par sa qualité de personne dépositaire de l’autorité publique et l’usage d’une arme », a annoncé en début de soirée le procureur Eric Mathais dans un communiqué.

Un coup de feu tiré

Le drame s’est déroulé samedi à la mi-journée, quand un équipage de la brigade anti-criminalité d’Aulnay-sous-Bois a voulu contrôler la fourgonnette signalée volée conduite par la victime. « Un policier s’est porté à la hauteur de la vitre du conducteur et, dans des circonstances qui restent à déterminer, a fait usage de son arme – un seul coup de feu – au moment où la camionnette redémarrait brusquement », avait précédemment retracé Eric Mathais. Grièvement blessé à l’omoplate gauche, le chauffeur est mort en fin d’après-midi à l’hôpital. L’autopsie a confirmé que le tir était à l’origine du décès.

La mort de cet habitant du quartier des Beaudottes, prénommé Jean-Paul, a provoqué quatre nuits consécutives d'échauffourées dans plusieurs communes de Seine-Saint-Denis, limitrophes du quartier. A Sevran, Aulnay-sous-Bois et Tremblay-en-France, villes populaires situées au nord-est de Paris, des véhicules et des poubelles ont été incendiés et des projectiles jetés sur les forces de l’ordre, selon une source policière. Personne n’a jusque-là été blessée, a-t-elle ajouté. Une « marche blanche » sera organisée samedi matin en mémoire de la victime, au départ d’Aulnay-sous-Bois.

Plainte pour meurtre

Selon les récits d’habitants, Jean-Paul, surnommé « JP » était un chauffeur livreur indépendant qui travaillait avec un prestataire de livraison de colis. Il lui avait subtilisé la camionnette en raison d’un litige financier. Plusieurs habitants ont confié ne pas comprendre pourquoi le fonctionnaire n’avait pas « tiré dans les roues », et mettent en doute l’éventualité d’une légitime défense. « C’est une situation qui aurait pu être évitée », a souligné l’un d’eux. « Il (le policier) a dû paniquer. La gâchette était sensible… »

Des syndicats de police ont mis en avant le passé judiciaire de la victime et estimé que la réponse était proportionnée. Il s’agit d’un « délit de fuite avec policier renversé », a tweeté le syndicat des commissaires de la police nationale. « Il a eu le parcours judiciaire d’un jeune qui a évolué dans un quartier difficile, qui se cherchait, mais qui ne devait plus rien à la justice », a nuancé son avocat de longue date, Me Steeve Ruben, qui représente désormais la famille aux côtés de Philippe-Henry Honegger et Arié Alimi. Ils ont annoncé avoir déposé à Bobigny une plainte avec constitution de partie civile pour meurtre.

Condamné pour des faits de « vol et recel », selon Me Ruben, le trentenaire, qui élevait quatre enfants avec sa compagne, avait suivi récemment une formation d’aide à la personne au Canada. « C’est hallucinant de se dire que les policiers ont un permis de tuer. Là pour arrêter un délit de fuite, vous ôtez la vie de quelqu’un », a estimé l’avocat, qui a lancé un appel pour recueillir des vidéos ou des témoignages de l’incident.