Val-de-Marne : Un dabiste séquestré et contraint de revêtir un gilet d’explosifs

ENQUETE Pris en otage mercredi matin par plusieurs malfaiteurs, l’employé a été obligé de leur remettre une importante somme d’argent avant d’être libéré

Thibaut Chevillard
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Une enquête a été confiée à la police judiciaire.
Une enquête a été confiée à la police judiciaire. — DENIS CHARLET / AFP
  • Un employé chargé de la maintenance de distributeurs automatiques de billets a été contraint, mercredi matin, par plusieurs hommes, de porter une ceinture d’explosifs. Les malfaiteurs l’ont ensuite obligé à retirer de l’argent de plusieurs distributeurs dans les Hauts-de-Seine.
  • La victime a été libérée vers 11h. Une enquête a été ouverte, confiée à la brigade de répression du banditisme de la police judiciaire parisienne. Le préjudice est estimé à environ 170.000 euros.
  • Ce n’est pas la première fois que des malfaiteurs utilisent cette technique pour contraindre des dabistes. La méthode a été employée, depuis le début des années 2010, par plusieurs équipes qui utilisaient des faux gilets d’explosifs fabriqués avec de la pâte à modeler.

Un agent de la BNP a été pris en otage ce mercredi matin à l’Haÿ-les-Roses (Val-de-Marne) par plusieurs malfaiteurs, qui l’ont obligé, sous la menace, à retirer d’importantes sommes d’argent, apprend 20 Minutes de sources policières. Selon nos informations, le préjudice est estimé pour le moment à environ 170.000 euros. Une enquête pour enlèvement et séquestration en bande organisée, ainsi que vol sous la menace d’une arme en bande organisée, a été ouverte par le parquet et confiée à la BRB – la brigade de répression du banditisme de la police judiciaire parisienne –, afin d’identifier et de retrouver les auteurs, qui ont pris la fuite.

Les faits ont eu lieu vers 9h. La victime, dont le métier est d’assurer l’approvisionnement et la maintenance des DAB (distributeurs automatiques de billets), a indiqué aux policiers avoir été abordé par un homme armé qui l’aurait obligé à monter dans un fourgon blanc. A l’intérieur se trouvaient trois autres individus qui, toujours selon son témoignage, lui ont attaché ce qui ressemblait à une ceinture explosive. Ils ont ensuite contraint leur otage à retirer d’importantes sommes d’argent dans plusieurs distributeurs de la BNP des Hauts-de-Seine, l’un à Bagneux, l’autre à Montrouge. L’employé a finalement été libéré vers 11h, au Kremlin Bicêtre.

De faux gilets explosifs

Ce n’est pas la première fois que des malfaiteurs s’attaquent à des dabistes en utilisant ce mode opératoire. Les premières affaires de ce type remontent à une dizaine d’années. Le plus souvent, ces ceintures explosives se révélaient être des fausses et ne présentaient aucun danger. Elles étaient confectionnées à l’aide de gilets tactiques, d’un vieux téléphone portable et de pâte à modeler. Mais elles paraissent suffisamment réalistes pour que l’employé victime, sous le choc, ne prenne aucun risque

Particulièrement ciblées dans les années 1960 ou 1970, les banques ont considérablement élevé leur niveau de sécurité : mise en place de sas à l’entrée, de plots anti-voiture-bélier dans la rue… D’autre part, avec la dématérialisation des moyens de paiement, les banques disposent de moins en moins d’argent liquide dans leurs caisses de surface. Conséquences : les vols à mains armées, faits passibles des assises, ont fortement diminué depuis 2009, comme le montrent les derniers chiffres publiés par le Service Statistique Ministériel de la Sécurité Intérieure.

Dabiste, profession à haut risque

Même si le nombre de distributeurs de billets ne cesse de diminuer, il en restait encore, en France, en 2020, environ 48.710, installés dans 6.545 communes, selon la Banque de France. Chacun d’entre eux peut contenir plusieurs dizaines de milliers d’euros. Mais s’attaquer à ces machines à l’aide d’une voiture-bélier ou d’explosif peut déclencher des jets d’encre indélébiles sur les billets. Au début des années 2010, des équipes de malfaiteurs ont donc eu l’idée de cibler les dabistes pour les contraindre à leur remettre l’argent provenant de ces distributeurs. Pour cela, ils n’hésitent pas à les suivre ou à géolocaliser leur véhicule avec une balise pour repérer où ils habitent.

Si de nombreux auteurs ont été arrêtés et condamnés, la méthode a été plusieurs copiées par d’autres équipes. Face à la recrudescence des faits, le gouvernement avait pris un décret en octobre 2012, autorisant les dabistes à porter une arme. Ils peuvent également, dans certains endroits, intégrer l’équipe de convoyeurs de fonds, dans le fourgon blindé.