Fraude : Fausses sociétés et comptes pros associés… Un vaste réseau de blanchiment d’argent démantelé par la PJ

ENQUETE Six personnes ont été mises en examen dans une affaire tentaculaire de blanchiment qui nécessitait la création de fausses entreprises et de comptes bancaires associés

Thibaut Chevillard
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Illustration police judiciaire.
Illustration police judiciaire. — DENIS CHARLET / AFP
  • Interpellées courant décembre par la police judiciaire, six personnes ont été mises en examen dans une vaste affaire de blanchiment.
  • Elles sont suspectées d’avoir créé de nombreuses sociétés et ouverts des comptes bancaires associés sur lesquels ont transité plusieurs millions d’euros.
  • « Soit l’argent était transféré sur des comptes bancaires de particuliers avant d’être retiré en espèces afin de régler des gens travaillant au noir, soit il était viré vers des comptes à l’étranger », nous explique le commissaire Julien Bataille, adjoint au chef de l’OCRGDF.

Des sociétés écrans, des comptes bancaires ouverts frauduleusement… Le montage était complexe. Mais il a permis à ce réseau de blanchir une coquette somme d’argent, probablement issue du travail dissimulé. Au terme d’une enquête rapidement menée par les  policiers de l’Office central pour la répression de la grande délinquance financière (OCRGDF) de la police judiciaire, six personnes ont été mises en examen courant décembre. Trois d’entre elles, dont un homme de 26 ans suspecté d’être à la tête de cette organisation, ont été placées en détention provisoire, les trois autres étant sous contrôle judiciaire.

L’enquête a débuté en septembre dernier, lorsque les policiers sont alertés par le gérant d’une société de conseil qui aide des entrepreneurs à créer leur société. « Il était régulièrement sollicité par une personne de nationalité pakistanaise. Et il s’est rapidement aperçu que les dossiers qu’il présentait contenaient à chaque fois des papiers d’identité de gérants de société dont les photos étaient manifestement recyclées », explique le commissaire Julien Bataille, adjoint au chef de l’OCRGDF. Le suspect lui présentait « des passeports italiens, espagnols ou belges, avec le même visage mais avec des identités différentes ».

37 sociétés, 85 comptes bancaires

Une enquête est alors ouverte sous l’égide d’un juge d’instruction de la GIR de Paris. Après avoir disséqué les comptes de ces sociétés, placé sur écoute et surveillé physiquement les suspects, les policiers parviennent à comprendre comment fonctionne ce réseau de blanchiment. « Il y a une tête de réseau qui, une fois les sociétés immatriculées, demandait à des complices de trouver des gérants de paille et d’aller ouvrir des comptes bancaires associés un peu partout en France », poursuit le commissaire Bataille. Deux hommes sont interpellés par la PJ de  Toulouse alors qu’ils tentaient d’ouvrir un compte dans une agence du Crédit Lyonnais.

Les policiers ont dénombré 37 sociétés ouvertes et 85 comptes professionnels associés, sur lesquels ont transité plusieurs millions d’euros. « Soit l’argent était transféré sur des comptes bancaires de particuliers avant d’être retiré en espèces afin de régler des gens travaillant au noir, soit il était viré vers des comptes à l’étranger », ajoute le policier, soulignant qu’environ 500.000 euros sont ainsi sortis du territoire français. Le 13 décembre, les enquêteurs passent à l’action et interpellent quatre autres suspects à leurs domiciles situés en région parisienne.

Un package vendu à d’autres blanchisseurs

Placé en garde à vue, l’homme suspecté d’être à la tête de ce réseau a reconnu les faits. Pour ouvrir ces sociétés, il utilisait de faux documents d’identité obtenus auprès de fournisseurs installés en Italie. Il sollicitait ensuite des gens de la communauté pakistanaise, à qui il proposait de devenir des gérants de paille. Pour cette mission, ils étaient rémunérés 1.000 euros par mois en espèces. « II vendait un package à d’autres blanchisseurs issus de la communauté pakistanaise : ils avaient à disposition ces sociétés pour écouler des fonds dont l’origine est injustifiée », observe Julien Bataille.

Dans cette affaire, la justice a déjà saisi 335.000 euros. Un début, puisque 64 mesures de saisies à l’internationale sont en cours d’exécution.