Paris : La santé mentale du preneur d’otages de la rue d’Aligre au cœur des investigations

PRISE D'OTAGES Le forcené de la rue d’Aligre, dans le 12e arrondissement de Paris, a été admis dans l'après-midi à l'infirmerie psychiatrique de la préfecture de police

Caroline Politi
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La prise d'otages de la rue d'Aligre a duré 17 heures
La prise d'otages de la rue d'Aligre a duré 17 heures — JEANNE ACCORSINI/SIPA
  • Lundi vers 15h20, un ressortissant tunisien de 56 ans a pris en otage deux femmes dans un commerce de la rue d’Aligre.
  • La première a été libérée vers 22h, la seconde le lendemain, ce mardi matin.
  • L’homme réclamait à parler au ministre de la Justice et assurait avoir été victime d’un empoisonnement de son médecin.

La nouvelle a été annoncée au petit matin par le ministre de l’Intérieur lui-même. L’homme qui retenait sous la menace d’une arme blanche une jeune femme de 23 ans dans un commerce de la rue d’Aligre, dans le très commerçant 12e arrondissement de Paris, a été interpellé sans difficulté peu avant 8h du matin. La victime, fille de la gérante de cette petite quincaillerie,  était captive depuis près de 17 heures. Sa mère avait été libérée lundi vers 22h. Toutes deux sont « très choquées » mais indemnes, a précisé la procureure de la République de Paris,  Laure Beccuau.

Une enquête a été ouverte du chef de « séquestration avec pluralité de victimes » mais « libération volontaire » par le parquet, qui a confié les investigations au 2e district de police judiciaire de la préfecture de police. La santé mentale du forcené, un ressortissant tunisien de 56 ans arrivé en France depuis une vingtaine d’années, sera sans nul doute au cœur de l’enquête. « C’est quelqu’un dont l’état psychologique paraît fragile, c’est sur ce point de son état de santé que porteront les investigations », a confirmé la magistrate lors d’un rapide point presse à l’issue de la prise d’otages.

Des revendications farfelues

L’homme a fait irruption lundi, vers 15h20, dans ce commerce familial du quartier Bastille, et a enjoint à la gérante et à sa fille de fermer le rideau de fer. Selon les premiers éléments de l’enquête, il ne connaissait pas les deux victimes. Une fois à l’intérieur, l’homme a immédiatement demandé à parler au ministre de la Justice, Eric Dupond-Moretti, expliquant qu’il avait été empoisonné par un médecin et souhaitait qu’un procès soit organisé afin d’être reconnu comme victime. Le forcené s’est par ailleurs entretenu avec Me Sylvie Noachovitch, l’avocate d’Omar Raddad​. Cette dernière a confié à 20 Minutes qu’il n’avait nullement été question, lors de leur échange téléphonique, de son célèbre client. Le forcené, en larmes, parfois « incohérent », souhaitait que l’avocate le défende dans cette affaire d’empoisonnement.

Si la piste terroriste a rapidement été écartée, le profil du forcené ainsi que ses revendications farfelues ont immédiatement été pris très au sérieux par la Brigade de recherche et d’intervention (BRI) mobilisée pendant toute l’intervention. L’individu, chauffeur de taxi – et non magistrat, comme cela a pu être indiqué au début de l’affaire – était connu des autorités locales pour des problèmes psychiatriques. Selon une source policière, il a notamment harcelé à de multiples reprises une médecin généraliste du quartier. Il vivait dans un foyer à proximité.

Des négociations fastidieuses

C’est justement en raison de cette fragilité psychiatrique que les négociations ont duré toute la nuit. « Pour nous, c’est l’une des pires configurations, confie une source policière. Tout simplement parce qu’il est compliqué pour les négociateurs d’anticiper les réactions des personnes instables. Même avoir une simple conversation, ça peut être très compliqué. Leur objectif c’est de ramener à la raison les forcenés, mais il faut parvenir à entrer dans "leur" rationalité. »

Selon nos informations, si les négociations ont peiné à avancer cette nuit, notamment en raison de ses propos extrêmement décousus, délirants par moments, une intervention de la BRI était rendue extrêmement délicate par le fait que l’homme ne lâchait pas d’une semelle la jeune femme retenue contre son gré. Finalement, il a accepté de sortir du magasin dans lequel il était retranché au matin. « C’est toujours extrêmement difficile d’avoir affaire à un individu qui a un couteau et menace des personnes, mais il a fini par entendre raison après de longues discussions », s’est félicité le préfet de police de Paris, Didier Lallement.

Reste à savoir si l’homme pourra être considéré comme responsable de ses actes. Placé en garde à vue ce mardi matin des chefs de « séquestration aggravée », « violences volontaires avec arme » et « porte d'arme de catégorie D », il a été admis dans l'après-midi à l'infirmerie psychiatrique de la préfecture de police.