Indonésie : Un fugitif français recherché depuis 20 ans retrouvé après avoir fait naufrage

ENQUETE Jugé en 2001 pour « complicité d’assassinats, faux et usage de faux et escroquerie », Thierry Ascione avait été condamné à la prison à perpétuité

Thibaut Chevillard
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Après avoir fait naufrage dans la mer des Célèbes, Thierry Ascione se trouve désormais à Manado où il attend d?être fixé sur son sort (illustration)
Après avoir fait naufrage dans la mer des Célèbes, Thierry Ascione se trouve désormais à Manado où il attend d?être fixé sur son sort (illustration) — ROMEO GACAD / AFP
  • Thierry Ascione est suspecté d’être impliqué dans le meurtre d’un couple de restaurateur français commis en 1991 au Guatemala. Il s’était volatilisé quelques mois avant son procès en 2001.
  • Jugé pour « complicité d’assassinats, faux et usage de faux et escroquerie », il a été condamné à la prison à perpétuité.
  • Début octobre, cet homme de 62 ans, qui résidait en Asie, a fait naufrage alors qu’il se rendait en Nouvelle-Calédonie sur un voilier. Il a été interpellé par les autorités indonésiennes et est retenu à Manado en attendant d’être fixé sur son sort.

Fin de cavale pour Thierry Ascione. Recherché depuis 20 ans pour un double meurtre, le Marseillais est réapparu dernièrement à l’autre bout du monde après avoir fait naufrage dans la mer des Célèbes, révèle ce lundi Le Parisien. Cet homme de 62 ans, qui a été  condamné à la perpétuité en 2001, a été interpellé en Indonésie le 15 octobre sur la base d’un mandat d’arrêt décerné par la cour d’appel de Paris en 2019. Une demande d’extradition de la France est actuellement examinée. « Il ne demande qu’à rentrer pour s’expliquer », assure à 20 Minutes son avocat, Me Arthur Vercken. « C’est uniquement en France qu’on pourra voir si la peine prononcée à l’époque est prescrite ou non. »

Condamné à sept ans de prison après un hold-up en 1983, Thierry Ascione est aussi accusé d’être impliqué dans l’assassinat d’un couple de restaurateurs en décembre 1991 au Guatemala. Les corps mutilés de Bernard Béreaud, 52 ans, et de sa compagne, Marie-Antoinette Perriard, 44 ans, ont été retrouvés près de Guatemala City, la capitale de ce pays d’Amérique centrale. Quelques semaines plus tard, le 29 janvier 1992, deux Français sont arrêtés. Il s’agit de Jean-Philippe Bernard, le neveu du restaurateur, et de Philippe Biret, un ami. Bien que clamant leur innocence, tous deux sont condamnés à trente ans de prison par la Cour suprême du Guatemala. Une peine qu’ils ont purgée au pénitencier de Pavon.

Jugé en son absence

Le nom de Thierry Ascione apparaît ensuite dans l’enquête. Arrivé au Guatemala en 1991 pour vendre des camions pour le compte de la société Fabre, il a quitté le pays après les meurtres de ces restaurateurs originaires du Loiret. Il a gagné Miami, en Floride où il a encaissé des chèques signés par Bernard Béreaud. Parti ensuite en Asie se mettre au vert, il est finalement arrêté en septembre 1995 à Roissy-Charles-de-Gaulle à l’arrivée d’un vol provenant de  Thaïlande où il avait ouvert une société d’import-export. En mai 2000, après avoir passé quatre ans et sept mois en détention provisoire – une durée exceptionnellement longue – il quitte la maison d’arrêt de Villepinte en Seine-Saint-Denis.

Placé sous contrôle judiciaire, il s’installe dans le Var, à Saint-Tropez. Avant de se volatiliser. En son absence, il est jugé par la cour d’assises de Paris pour « complicité d’assassinats, faux et usage de faux et escroquerie ». Le 5 juin 2001, il est condamné à la prison à perpétuité. Pendant 20 ans, Therry Ascione a voyagé discrètement entre l’Asie et l’Amérique du Sud où il a monté plusieurs sociétés. Malade depuis quelques mois, il aurait décidé, début octobre, de revenir en France sous sa vraie identité pour se faire soigner. D’autant que, selon ses calculs, sa condamnation serait prescrite. « La prescription de 20 ans de la peine prononcée n’était pas acquise au moment de l’émission du mandat d’arrêt », nous indique une source judiciaire.

« Il a quitté les Philippines à bord de son voilier avec un copain, leurs deux chiens. Il a indiqué aux autorités philippines qu’ils allaient en Nouvelle-Calédonie, et leur a donné sa véritable identité. Sur la route, entre l’Indonésie et les Philippines, ils ont été pris dans une tempête qui a endommagé toute la partie électronique du bateau. Ils se sont réfugiés sur une minuscule île » où ils ont été arrêtés, explique son défenseur historique. Sans passeport, il est contraint de rester sur l’île de Manado bien qu’il n’a pas été placé en détention. Une demande d’extradition formulée par la France est étudiée. Thierry Ascione « conteste avec vigueur la moindre culpabilité dans ce dossier » d’assassinat, poursuit Me Arthur Vercken.

Les « difficultés » rencontrées par le juge d’instruction

Selon son client, « l’une des raisons probables pour lesquelles le couple a été assassiné, c’est qu’il jouait un double jeu. Ils avaient un restaurant très chic et ils avaient accepté, d’après lui, de sonoriser les salons privés pour renseigner à la fois la DEA américaine et l’État guatémaltèque ». Il observe que dans son livre, le juge d’instruction, Gilbert Thiel, a « fait état de difficultés » pour enquêter lorsqu’il s’est rendu à Miami à l’époque. « S’il est arrêté en France et rejugé à sa demande – il pourrait aussi accepter la condamnation, il ne fera pas évidemment – se posera la question de savoir si on va juger le dossier en l’état ou si on va relancer une enquête. »

Contacté par Le Parisien, le magistrat, aujourd’hui à la retraite, reconnaît que « le FBI ne m’a pas facilité la tâche à Miami ». Mais, dit-il, « c’était uniquement pour des questions de culture juridique différente, ça n’avait rien à voir avec le fond de l’affaire ». Pour lui, « les déclarations d’Ascione [qui mettaient en cause un homme politique français] paraissaient largement relever de l’affabulation ». Et le magistrat de conclure : « Au final, si je l’ai renvoyé aux assises, c’est que j’estimais les charges suffisantes. »