Affaire du « Grêlé » : « C'est effrayant », confie l'ancien maire du village où l'homme a été élu

TEMOIGNAGE Jean-Marc Lussert (divers gauche), l’ancien maire de la petite commune héraultaise, où l’homme a vécu pendant plusieurs années, se confie « à 20 Minutes »

Nicolas Bonzom
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Affaire du « Grêlé » : Des questions toujours en suspens après la mort du tueur — 20 Minutes
  • Le « Grêlé », soupçonné d’au moins cinq crimes, a vécu à Prades-le-Lez.
  • L’homme a été élu sur la liste de l’ancien maire, Jean-Marc Lussert (divers gauche), sans que personne soupçonne rien sur son passé sordide.
  • « Se dire que j’ai travaillé avec lui, je me dis… C’est déstabilisant. On ne connaît pas les gens », confie l’ancien maire, aujourd’hui dans l’opposition, à « 20 Minutes ».

Parmi ceux qui l’ont côtoyé ces dernières années, c’est la stupeur. L’homme, retrouvé mort mercredi au Grau-du-Roi (Gard), est bien le « Grêlé », soupçonné d’être un tueur en série, recherché depuis les années 1980. Cet ancien gendarme de 59 ans, devenu policier, avant de prendre la retraite, avait refait sa vie dans l'Hérault. Avant de déménager à la Grande-Motte, il a vécu à Prades-le-Lez, près de Montpellier.

C’est dans ce village de quelque 5.000 habitants qu’il a fait la connaissance de l’ancien maire, Jean-Marc Lussert (divers gauche). Jamais l’élu, qui siège aujourd’hui dans l’opposition, n’aurait cru qu’il avait affaire à celui que « la Crim » recherchait depuis trente-cinq ans pour des crimes sordides. « Si vous m’aviez demandé, il y a une semaine à peine, mon opinion sur ce monsieur, elle était bonne, confie, abattu, Jean-Marc Lussert, à 20 Minutes. C’était quelqu’un qui s’était engagé à être conseiller municipal si l’on gagnait l’élection, qui a assumé. Il était cordial, sympathique » L’ancien maire se souvient même d’avoir partagé « un barbecue, avec l’équipe municipale », dans la maison de celui dont il ne savait absolument rien, encore, de son passé.

« C’est effrayant »

Jean-Marc Lussert lui a proposé, en 2014, de rejoindre sa liste. L’homme était alors un nouvel habitant de Prades-le-Lez. « Je l’ai découvert parce qu’il avait déposé un permis de construire pour une maison un peu originale, raconte l’élu. On me l’a présenté. Puis, de fil en aiguille, il a rejoint notre liste. » Une liste « pluri-politique », avec différents niveaux sociaux, confie l’ancien maire. Le « Grêlé », lui, était « plutôt de droite », confie Jean-Marc Lussert. La liste a été élue. Mais le « Grêlé », qui était trop loin sur la liste, n’a pu siéger au conseil municipal qu’en 2019, à la faveur de plusieurs défections.

« C’était quelqu’un de très respectueux des lois, note l’élu. En tant que policier, cela me paraissait normal qu’il soit si rigoureux. » A la mairie, « il a fait son travail, il a tenu parole, il a été correct », poursuit Jean-Marc Lussert. Il donnait notamment un coup de main à la communication. Son passé, il en parlait peu. Il racontait qu’il avait été gendarme et policier, à Paris, dans les Bouches-du-Rhône, puis à Montpellier, mais sans s’étaler plus. « Je n’avais aucun moyen de savoir » qui il était vraiment, note l’élu. « Quand j’ai vu, dans les journaux, ce qu’il avait fait… C’est effrayant. Se dire que j’ai travaillé avec lui, je me dis… C’est déstabilisant. On ne connaît pas les gens. »

Ce père de famille, qui s’est donné la mort dans un appartement, est soupçonné d’être l’auteur d’au moins « cinq crimes commis entre 1986 et 1994 », a indiqué, jeudi soir, le parquet de Paris. Notamment celui de la petite Cécile, 11 ans, retrouvée morte dans le sous-sol de son immeuble dans le 19e arrondissement de Paris, en mai 1986.