Affaire du « Grêlé » : Enquête, ADN, parcours du tueur… Que sait-on de la résolution de ce « cold case » ?

COLD CASE Le « Grêlé », responsable d’au moins cinq meurtres entre 1986 et 1994, était un ancien gendarme, retrouvé mort suicidé mercredi dans le sud de la France

R. G.-V. avec AFP
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Affaire du « Grêlé » : Des questions toujours en suspens après la mort du tueur — 20 Minutes
  • L’affaire du « Grêlé », à qui on attribue la responsabilité d’au moins cinq meurtres et six viols entre la fin des années 1980 et le début des années 1990, est longtemps restée insoluble.
  • Ces derniers mois, l’enquête avait été relancée en suivant la piste de la possible responsabilité d’un ancien gendarme.
  • L’ADN a confirmé qu’il s’agissait de François Vérove, précisément convoqué par la police dans le cadre de cette affaire, qui a été retrouvé mort, suicidé. Il a laissé une lettre d’aveux.

C’est l’histoire d’un serial killer parisien comme les années 1980 en ont produit qui vient de se résoudre. Aux cotés des dossiers Guy Georges ou encore Thierry Paulin, l’affaire du « Grêlé » figurait dans les locaux de la brigade criminelle de la capitale : au moins « cinq crimes » commis entre 1986 et 1994 mais jamais élucidés.

Le 30 septembre, l’ADN retrouvé sur certaines scènes de crime a parlé, en confondant un ancien gendarme, François Vérove, retrouvé mort, suicidé, dans le Gard, le jour même où il était convoqué par la police pour être interrogé dans le cadre de cette enquête, relancée ces derniers mois. 20 Minutes fait le point sur ce que l’on sait de « l’affaire du Grêlé », qui vient de trouver un épilogue.

Quels étaient les faits reprochés au « Grêlé » ?

Le tueur surnommé « le Grêlé » est soupçonné d’avoir commis cinq crimes entre 1986 et 1994. Une information judiciaire était ouverte pour assassinats, viols sur mineurs de 15 ans, tentative d’homicide volontaire, vols avec arme, usage de fausse qualité, enlèvement et séquestration sur mineur de 15 ans. Il est soupçonné d’avoir poignardé et violé Cécile Bloch, 11 ans, dans le 19e arrondissement de Paris, en 1986 ; d’avoir tué Gilles Politi, 38 ans, et Irmgard Mueller, 20 ans, le même jour en 1987, dans le Marais à Paris. Ce n’est que plus récemment qu’on a attribué au « Grêlé » le meurtre de Karine Leroy, 19 ans, morte en 1994 en Seine-et-Marne.

Toutes ses victimes sont retrouvées attachées par les poignets, les chevilles ou les bras. Toutes présentent des traces de strangulation, réalisées grâce à la technique du garrot espagnol. Midi-Libre la décrit comme une méthode « particulièrement perverse en raison de la lenteur » avec laquelle elle donne la mort. Par ailleurs, six cas de viols pourraient aussi être attribués au « Grêlé ».

Comment s’est déroulée l’enquête ?

Quand Cécile Bloch est tuée en mai 1984, Jean-Louis H., inspecteur principal de la brigade criminelle à l’époque, fait partie de la première équipe qui est saisie de l’affaire. « Nos premiers éléments sont des témoignages assez précis des membres de la famille et des voisins qui ont croisé le suspect dans l’ascenseur de l’immeuble », se souvient-il, auprès de 20 Minutes. C’est d’ailleurs grâce à ces témoignages qu’est réalisé le fameux portrait-robot qui va donner le nom du « Grêlé » à l’affaire. « On nous avait indiqué qu’il avait le visage marqué par des traces d’acné ou de variole. Mais ça ne va rien donner. Rien du tout », explique l’ancien policier.

Néanmoins son équipe est mise sur une autre agression « dans des circonstances similaires », qui s’est déroulée un mois avant, dans le 13e arrondissement de Paris : la petite Sarah a été violée là aussi au sous-sol de son immeuble, étranglée et laissée pour morte « mais elle va reprendre connaissance et remonter prévenir sa mère », indique Jean-Louis H.

Les policiers ont l’intime conviction que les deux auteurs ne font qu’un, mais l’enquête n’avance pas. Idem après les meurtres de Gilles Politi et Irmgard Mueller : « On a à peine un surnom et un vague signalement de la concierge », se souvient, dépité, l’ancien policier. Ce sont les progrès de la science qui vont ensuite permettre aux enquêteurs d’identifier le même ADN, sans forcément de piste précise. « Deux victimes de viol du ''Grêlé'' nous ont indiqué qu’il s’était fait passer pour un policier, mais c’est une vieille technique pour faire en sorte qu’un ado vous suive », indique Jean-Louis H.

Comment « le Grêlé » a-t-il été confondu ?

L’enquête a été relancée ces derniers mois par la juge d’instruction Nathalie Turquey. Des indices ont orienté les enquêteurs vers la possible responsabilité d’un membre des forces de l’ordre. C’est la piste d’un gendarme qui a finalement été retenue, les enquêteurs ont ainsi décidé de convoquer près de 800 gendarmes en poste en région parisienne à l’époque des faits afin d’être interrogés et de donner un échantillon d’ADN.

François Verove, « le Grêlé », avait été convoqué il y a quelques jours à la date du 29 septembre… C’est ce jour-là qu’il a été retrouvé mort au Grau-du-Roi (Gard). Le 30 septembre, des analyses ADN sur son cadavre ont confirmé qu’il s’agissait bien du même que celui retrouvé sur plusieurs scènes de crime de ce dossier. L’homme a également laissé une lettre dans l’appartement où il s’est donné la mort, indique l’AFP. Dans celle-ci, il s’accuse des meurtres mais ne donne aucun nom de victime ni aucune date. Il justifie ses actes par des « pulsions passées » mais affirme s’être pris en main et ne plus avoir « rien fait depuis 1997 ».

Qui était François Verove ?

François Verove, qui s’est donc suicidé mercredi, avait 59 ans. D’après l’AFP, il habitait la commune de La Grande-Motte, dans l’Hérault, depuis quelques années. De 1983 à 1988, il est gendarme dans la cavalerie de la Garde républicaine et avait quitté l’armée pour la police à la fin des années 1980.

François Verove était à la retraite, marié et père de famille. Jusqu’aux élections municipales de 2020, il était conseiller municipal de Prades-le-Lez. Interrogé sur BFMTV, le maire de cette commune de 5.000 âmes, Jean-Marc Lussert, indique n’avoir jamais vu « aucun signe, absolument aucun » chez son ancien élu.

Que va-t-il se passer maintenant ?

Par définition, il n’y aura pas de procès de François Vérove puisqu’on ne juge pas les morts en France. « Pour les victimes, cet épilogue est à la fois une satisfaction et un déchirement, a expliqué au Parisien Me Didier Seban, l’avocat des familles de Cécile Bloch et d’une victime de viol. C’est positif de voir que cette enquête est en passe d’aboutir, mais décevant de voir que l’homme suspecté d’être Le Grêlé a mis fin à ses jours. Les familles ont aussi la crainte que l’enquête s’arrête là. »

Jean-Louis H. pense que les investigations vont se poursuivre « ne serait-ce que pour chercher et attribuer ou pas d’autres crimes au ''Grêlé''. Il va falloir ressortir les ADN et faire des comparaisons. Il y a pu y avoir des loupés », pense-t-il. François Vérove ayant aussi travaillé dans les Bouches-du-Rhône, Didier Seban souhaiterait croiser les éventuels cold case du département.