Règlements de comptes à Marseille : « Barbecue » non conventionnel et « lutte de pouvoir », le milieu des stups marseillais en « recomposition »

REGLEMENTS DE COMPTES A MARSEILLE Dominique Laurens, la procureure de la République de Marseille, et Eric Arella, le directeur de la police judiciaire, ont donné quelques détails quant aux récents homicides 

Alexandre Vella
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Dominique Laurens, procureur de la République à Marseille.
Dominique Laurens, procureur de la République à Marseille. — Christophe SIMON / AFP

« C’est une période extrêmement compliquée », a introduit Dominique Laurens, la procureure de la République de Marseille au sujet de la récente série de règlements de comptes qui ensanglantent les quartiers Nord de la ville. Ces deux derniers mois, 12 personnes sont mortes à Marseille sous fond « d’une lutte quasi économique » auquel se livrent les différents acteurs du trafic de stupéfiants. Ce qui porte à 15 le nombre de décès étiquetés « règlements de comptes » par la police judiciaire depuis le début de l’année – contre 9 l’an passé à pareille époque.

Brûlé vif dans une voiture, du jamais-vu

« Il se joue une recomposition du milieu », a-t-elle indiqué. Avec un niveau de violence jamais atteint. Dans la nuit de samedi à dimanche, deux hommes ont été assassinés et un individu a été enlevé, enfermé dans un coffre, avant d’être brûlé vif dans la voiture. Un « barbecue » non conventionnel, dans la mesure où, lors des précédents, les individus étaient d’abord exécutés. Ce genre d’élimination directe de concurrent n’est pas la seule méthode actuellement à l’œuvre dans cette « lutte de pouvoir ». Les actions d’intimidations « où l’on va rafaler les personnes présentes sur un point stup pour les terroriser et leur faire comprendre que le point de vente est revendiqué », explique la procureure de la République, composent le second versant de « la recomposition » qui se joue actuellement.

Avec, en conséquence, des victimes très jeunes qui peuvent ne rien avoir à voir avec le narcotrafic. Un adolescent de 14 ans est décédé ce week-end et un gamin de 8 ans a été grièvement blessé. « Jamais nous n’avions eu des victimes aussi jeunes » a regretté Dominique Laurens.

Un « réglo » déjoué et une élucidation

Dans ce sanglant été, la police judiciaire enchaîne les constatations mais peut revendiquer quelques victoires. Des individus d’un équipage auteur d’un règlement de comptes à la mi-juin ont été rapidement interpellés après les faits, fin juin, a indiqué Eric Arella, le directeur de la police judiciaire de la zone sud. Un autre a été empêché tout récemment par l’activité des services de police, le 27e règlement de comptes déjoué depuis 2016, année aux 27 morts dans des affaires de trafics de stupéfiants, sinistre record.

Eric Dupond-Moretti ce mardi Marseille

Face à ce déferlement « d’extrême cruauté », la classe politique, impuissante, multiplie les propositions aux allures d'effets d'annonce. Benoît Payan, le maire de Marseille, a ainsi réclamé la création « d’un parquet spécial à Marseille » ce lundi. Une proposition à laquelle a peu goûté Dominique Laurens, qui a rappelé que « Marseille avait déjà un parquet spécialisé », en l’espèce la juridiction interrégionale spécialisée contre le crime organisé, qui opère sur l’ensemble de l’arc méditerranéen. « De la à dire que ses effectifs sont suffisants est un pas que je ne franchirais pas », a-t-elle conclu, alors que le garde des Sceaux, Eric Dupond-Moretti, est attendu ce mardi à Marseille, en principe pour parler de la réforme du Code pénal de la justice des mineurs. Nul doute que ce sujet ne constituera pas l’unique objet de sa visite.